Manuel d'enseignement · version complète

L'hypnose en anesthésie et en réanimation

Communication thérapeutique, techniques rapides et situations cliniques

Pour les médecins et infirmiers en anesthésie-réanimation et les étudiants en médecine.

Dr Marco Klop, anesthésiste-réanimateur · hypnose médicaleLuxembourg · Édition 2026

Avant-propos

Il existe, dans tout bloc opératoire, un instrument que personne ne stérilise, que personne ne commande à la pharmacie et que personne ne pense à inscrire sur la check-list. Il est pourtant utilisé plusieurs centaines de fois par jour, sur chaque patient, par chaque membre de l'équipe. Il peut apaiser ou inquiéter, soulager ou faire mal, raccourcir un geste ou le compliquer. Cet instrument, c'est la parole.

Ce livre part d'un constat simple : nous passons des années à apprendre la pharmacologie du propofol au microgramme près, mais très peu de temps à apprendre la pharmacologie des mots. Or une phrase comme « attention, ça va brûler » a des effets mesurables sur la douleur, aussi réels que ceux d'une dose d'antalgique, mais dans le mauvais sens. À l'inverse, quelques minutes d'une communication bien construite réduisent l'anxiété, la consommation de médicaments et parfois même la durée d'une intervention. Ce ne sont pas des impressions de praticiens enthousiastes : ce sont des résultats d'essais randomisés, publiés dans The Lancet, le BMJ ou Anesthesiology.

L'hypnose médicale est le cadre qui permet d'utiliser ce levier de façon rigoureuse. Elle souffre encore d'une réputation encombrante, faite de pendules, de regards fixes et de spectateurs qui imitent la poule sur scène. Nous allons nous en débarrasser rapidement. L'hypnose dont il est question ici ne transforme personne en volaille : elle aide un patient anxieux à traverser une rachianesthésie, un enfant à oublier le cathéter pendant qu'il compte les nuages, un patient intubé à vivre une aspiration trachéale un peu moins comme une agression.

À qui s'adresse ce livre

Ce manuel a été écrit pour des professionnels qui travaillent côte à côte et qui gagneraient à parler la même langue :

  • les infirmiers en anesthésie et en réanimation, en formation de spécialisation ou déjà en poste, qui sont en première ligne au moment où le patient a peur : l'accueil au bloc, la pose de la voie veineuse, l'installation, le réveil, les soins en réanimation ;
  • les médecins anesthésistes-réanimateurs et intensivistes, en formation ou en exercice, pour qui la consultation, l'annonce, l'induction et l'accompagnement en réanimation sont autant de moments où les mots pèsent sur l'évolution du patient ;
  • les étudiants en médecine, qui découvriront que la communication n'est pas un « savoir-être » vague et optionnel, mais une compétence technique qui s'apprend, s'entraîne et se mesure.

Aucune connaissance préalable de l'hypnose n'est nécessaire. Une expérience clinique, même brève, rendra la lecture plus vivante : vous reconnaîtrez beaucoup de situations.

Comment utiliser ce livre

Le parcours suit une progression volontairement pratique. Les deux premiers chapitres posent les bases : ce qu'est l'hypnose, ce qu'elle n'est pas, ce que les neurosciences en disent, et comment on en est arrivé là. Le chapitre 3 constitue le cœur de l'ouvrage : les techniques utilisables rapidement, du simple choix des mots jusqu'à l'hypnoanalgésie. Le chapitre 4 relie ces outils aux situations cliniques d'anesthésie et de réanimation. Les chapitres 5 et 6 proposent des scénarios commentés et des exercices pour passer de la lecture à la pratique.

Tout au long du texte, des encadrés de couleur vous aideront à vous repérer :

Les techniques décrites s'appuient sur le recueil de fiches pratiques « Mes débuts en hypnose » (quatorze fiches de techniques, chacune accompagnée de cinq exercices). Les renvois sont signalés entre crochets, par exemple fiche Pacing.

Une remarque sur les histoires cliniques : sauf mention contraire, les vignettes de patients sont des situations recomposées à partir de l'expérience du terrain. Les noms, âges et détails ont été modifiés ou inventés ; toute ressemblance avec une personne réelle serait fortuite. Les épisodes historiques et les études citées, eux, sont réels et référencés.

Cadre général de la formation

Objectifs pédagogiques

À l'issue de ce parcours, le lecteur devrait être capable de :

  • expliquer ce qu'est l'hypnose et ce qu'elle n'est pas, et en décrire les bases neurophysiologiques principales ;
  • situer l'hypnose dans l'histoire de la médecine, et plus particulièrement dans celle de l'anesthésie ;
  • reconnaître les formulations à effet nocebo dans son propre discours et les remplacer par des formulations aidantes ;
  • utiliser au lit du patient des outils de communication hypnotique mobilisables en quelques secondes ou quelques minutes ;
  • identifier les situations d'anesthésie et de réanimation où l'hypnose apporte un bénéfice démontré ou plausible ;
  • s'entraîner, seul et en binôme, dans un cadre éthique et sécurisé.

Modalités pédagogiques

Le cours alterne des apports théoriques courts, des démonstrations, des scripts commentés et des ateliers pratiques. L'expérience montre qu'on n'apprend pas l'hypnose en lisant, pas plus qu'on n'apprend l'intubation en regardant des schémas de laryngoscope. La lecture prépare ; l'entraînement installe. La durée indicative est celle d'un module de plusieurs demi-journées, idéalement réparties sur quelques semaines pour laisser le temps de pratiquer entre les séances.

L'hypnose est un outil puissant précisément parce qu'elle agit sur la manière dont une personne vit ce qui lui arrive. Cette puissance impose un cadre clair.

Consentement et information. Le patient est informé de ce qui lui est proposé, dans des termes simples et non inquiétants. Il peut refuser, et son refus est respecté sans négociation. En pratique, pour la communication thérapeutique intégrée au soin, aucune « annonce » formelle n'est nécessaire : parler de façon rassurante et précise fait partie du soin ordinaire. En revanche, une séance d'hypnose formelle ou une hypnosédation suppose une information explicite et un accord.

Complément, jamais substitut. L'hypnose accompagne l'analgésie, l'anesthésie et la surveillance ; elle ne les remplace pas. Un patient en transe reste un patient monitoré.

Champ de compétence. Pour tous les soignants, médecins comme infirmiers, l'hypnose s'inscrit d'abord dans la dimension relationnelle et de confort du soin : c'est ce qu'on appelle la communication thérapeutique. L'hypnosédation utilisée comme technique d'anesthésie pour un acte opératoire est une démarche médicale, décidée et conduite par l'anesthésiste-réanimateur avec l'infirmier anesthésiste. L'hypnothérapie, c'est-à-dire l'usage de l'hypnose pour traiter un trouble psychique, sort du cadre de cette formation.

Formation et supervision. Ce manuel est une introduction. Un usage structuré de l'hypnose formelle suppose une formation dédiée et une pratique supervisée. Chacun reste dans le périmètre de ce qu'il maîtrise.

Cadre réglementaire local. Les références réglementaires précises concernant la pratique de l'hypnose par les professionnels de santé sont à confirmer auprès de l'établissement et au regard de la législation luxembourgeoise en vigueur. Les contre-indications et précautions sont détaillées en section 4.5.

1. Introduction et bases de l'hypnose

Avant de parler de techniques, il faut s'entendre sur les mots. Le terme « hypnose » évoque chez chacun des images différentes : pour l'un, un spectacle de music-hall ; pour l'autre, une thérapie un peu mystérieuse ; pour un troisième, une forme de sommeil. Aucune de ces images ne correspond vraiment à ce que l'on fait au bloc opératoire ou en réanimation. Ce chapitre propose une définition simple, démonte les idées reçues, présente les bases cérébrales documentées et fixe le vocabulaire dont nous aurons besoin.

1.1 Qu'est-ce que l'hypnose ? Définitions et idées reçues

Les chercheurs débattent depuis plus d'un siècle de la nature exacte de l'hypnose. Ce débat est passionnant, mais le clinicien a surtout besoin d'une définition opérationnelle : quelque chose qui décrit ce qu'il observe et qui l'aide à agir.

Une définition de référence

Cette définition a le mérite de la sobriété. Elle ne parle ni de pouvoir, ni de sommeil, ni d'inconscient mystérieux. Elle décrit trois ingrédients que chacun peut reconnaître.

L'attention focalisée. L'esprit se concentre sur un point : une sensation, une image, une respiration, la voix du soignant. C'est un peu comme passer d'un éclairage de plafonnier, qui illumine toute la pièce, à une lampe frontale, qui éclaire intensément un seul endroit.

La conscience périphérique réduite. Ce qui est hors du faisceau devient flou. Les bruits du bloc, le bip du scope, les conversations de l'équipe continuent d'exister, mais ils passent au second plan, un peu comme la rumeur d'un café quand on est plongé dans un bon livre.

La réceptivité accrue à la suggestion. Les propositions du soignant sont accueillies avec moins de filtrage critique. Le patient ne perd pas son jugement ; il accepte plus volontiers de « jouer le jeu » d'une expérience proposée, par exemple sentir son bras devenir engourdi ou imaginer une plage.

Ce que l'hypnose n'est pas

Les idées reçues ne sont pas anodines : un patient qui croit que l'hypnose va lui faire perdre le contrôle aura peur, et un patient qui a peur se détend mal. Démystifier fait donc déjà partie du soin.

Ce n'est pas du sommeil. Le mot est trompeur, et son inventeur le savait. Le chirurgien écossais James Braid a construit le terme en 1843 à partir du grec hypnos, « sommeil », avant de regretter ce choix : ses sujets n'étaient manifestement pas endormis. Trop tard, le mot avait pris. Un patient en transe est éveillé, conscient, présent. Il entend, il peut parler, il peut ouvrir les yeux quand il le souhaite. L'électroencéphalogramme d'une personne sous hypnose ne ressemble d'ailleurs en rien à celui du sommeil.

Ce n'est pas une perte de contrôle. Personne ne fait sous hypnose quelque chose de contraire à ses valeurs. Le patient peut interrompre l'expérience à tout moment. Si l'hypnose permettait vraiment de faire faire n'importe quoi à n'importe qui, il y a longtemps que les directions hospitalières l'utiliseraient pour faire accepter les plannings de garde.

Ce n'est pas un pouvoir du praticien. Le soignant ne « met » pas le patient en transe comme on appuie sur un interrupteur. Il propose un cadre, un rythme, des images ; c'est le patient qui fait le travail. C'est pourquoi beaucoup d'auteurs considèrent que toute hypnose est, au fond, une auto-hypnose guidée.

On ne reste pas bloqué. Aucun patient n'est jamais resté « coincé » en transe. Au pire, une personne très détendue qu'on laisserait tranquille finirait par s'endormir pour de bon, puis se réveillerait normalement.

C'est un phénomène ordinaire. Nous traversons tous des transes spontanées plusieurs fois par jour. Vous arrivez au travail sans aucun souvenir des cinq derniers kilomètres parcourus en voiture ? Vous étiez en « transe de l'autoroute ». Vous n'avez pas entendu qu'on vous appelait parce que vous étiez absorbé par une série ? Même mécanisme. L'hypnose clinique ne crée rien d'étrange : elle utilise délibérément une capacité que chacun possède.

Hypnose, hypnothérapie et communication thérapeutique

Trois termes voisins méritent d'être distingués, car ils ne relèvent pas des mêmes compétences.

  • L'hypnose désigne à la fois l'état ou le processus lui-même et l'ensemble des techniques qui permettent de l'induire et de l'utiliser.
  • L'hypnothérapie est l'usage de l'hypnose dans un cadre psychothérapeutique structuré, pour traiter une souffrance psychique. Elle relève de professionnels formés à la psychothérapie et sort du champ de ce livre.
  • La communication thérapeutique, parfois appelée hypnose conversationnelle, mobilise les mêmes leviers (attention, langage, suggestion, rapport) sans induction formelle, au fil du soin. C'est le cœur de la relation thérapeutique au quotidien, tant médicale que soignante, et c'est là que se trouve l'essentiel du bénéfice pour le plus grand nombre de patients.

1.2 Bases neurophysiologiques

Pendant longtemps, l'hypnose a été soupçonnée de n'être qu'une forme de complaisance : le sujet ferait semblant pour faire plaisir à l'hypnotiseur. L'imagerie cérébrale a changé la donne. On sait aujourd'hui que l'hypnose s'accompagne de modifications objectivables de l'activité et de la connectivité du cerveau, et que ces modifications diffèrent de celles observées quand on demande simplement à quelqu'un d'imaginer ou de faire semblant.

Un état attentionnel particulier

Le cerveau au repos n'est pas silencieux. Un ensemble de régions, appelé réseau du mode par défaut, s'active quand nous ne faisons rien de précis : quand notre esprit vagabonde, quand nous pensons à nous-mêmes, quand nous ruminons la liste des courses ou la dispute d'hier. Pendant l'hypnose, l'activité et la connectivité de ce réseau diminuent, en particulier dans ses parties antérieures (McGeown et al., 2009 ; Demertzi et al., 2011). Parallèlement, les réseaux attentionnels se réorganisent.

Une étude de l'université Stanford a précisé ce tableau chez 57 volontaires, dont 36 très hypnotisables (Jiang et al., 2017). Sous hypnose, les chercheurs ont observé trois phénomènes : une baisse d'activité du cortex cingulaire antérieur dorsal, une région qui signale les conflits et les situations à surveiller ; un renforcement de la connexion entre le cortex préfrontal dorsolatéral et l'insula, qui relie le contrôle exécutif aux perceptions du corps ; et un affaiblissement de la connexion entre ce même cortex préfrontal et le réseau du mode par défaut. Traduit en langage clinique : moins de vigilance anxieuse, plus de lien entre ce que l'on pense et ce que l'on ressent, moins de distance réflexive sur ce que l'on fait. C'est un assez bon portrait du patient en transe, absorbé dans l'expérience, qui ne se demande plus « est-ce que ça marche ? ».

La modulation de la douleur

C'est le point le plus utile pour nous. La douleur n'est pas un simple signal qui monte de la périphérie vers le cerveau, comme un courant dans un fil électrique. C'est une expérience construite, qui comporte au moins deux dimensions : une dimension sensorielle (où ça fait mal, combien, quel type de douleur) et une dimension affective (à quel point c'est désagréable, menaçant, insupportable).

En 1997, l'équipe de Pierre Rainville, à Montréal, a publié dans Science une expérience devenue classique. Des volontaires plongeaient la main dans une eau chaude douloureuse. Sous hypnose, on leur suggérait que la sensation devenait plus ou moins désagréable, sans modifier son intensité. Résultat : le caractère désagréable perçu variait selon les suggestions, et l'activité du cortex cingulaire antérieur variait avec lui, alors que le cortex somatosensoriel primaire, qui code l'intensité, restait stable (Rainville et al., 1997). Quatre ans plus tard, la même équipe a fait l'expérience inverse : des suggestions portant sur l'intensité modulaient cette fois le cortex somatosensoriel (Hofbauer et al., 2001). Autrement dit, selon ce que l'on suggère, on agit sur des étages différents de l'expérience douloureuse.

À Liège, l'équipe de Marie-Élisabeth Faymonville a montré par tomographie par émission de positons que l'hypnose module un vaste réseau cortical et sous-cortical impliqué dans la douleur, avec un rôle pivot du cortex cingulaire antérieur (Faymonville et al., 2000). Une étude en IRM fonctionnelle a ensuite observé que, sous hypnose, des stimulations laser douloureuses ne provoquaient plus certaines activations cérébrales attendues, tandis que la connectivité entre régions sensorielles et préfrontales augmentait (Vanhaudenhuyse et al., 2009).

1.3 Concepts fondamentaux

Transe et état modifié de conscience

On appelle transe l'état de conscience particulier que l'on cherche à obtenir. Le mot sonne exotique ; la réalité est banale. La transe hypnotique est un état naturel, distinct de la veille ordinaire comme du sommeil, et que chacun connaît sous des formes spontanées.

Deux grandes familles de théories s'opposent sur sa nature. Pour les théories dites « d'état », l'hypnose est un état de conscience spécifique, avec une signature propre. Pour les théories socio-cognitives, il s'agit surtout d'attentes, de motivation et d'imagination mises au service d'un rôle social. Le débat n'est pas clos, et il est probable que les deux perspectives décrivent chacune une partie de la réalité. Pour le clinicien, l'essentiel est ailleurs : le phénomène est reproductible, il s'apprend, et il est utile.

Absorption, dissociation, suggestibilité

L'absorption est la capacité à s'immerger totalement dans une expérience : un film, une musique, un paysage, une rêverie. Les personnes qui ont tendance à « se perdre » dans ce qu'elles font sont en moyenne plus réceptives à l'hypnose (Tellegen et Atkinson, 1974). Demander à un patient s'il lui arrive d'oublier le temps quand il lit ou jardine donne une première idée de sa réceptivité.

La dissociation désigne la possibilité de séparer certains contenus de la conscience. Le psychologue Ernest Hilgard l'a étudiée à Stanford avec une expérience célèbre. Un étudiant, sous hypnose, recevait la suggestion de ne rien sentir dans une main plongée dans l'eau glacée, et déclarait effectivement ne pas avoir mal. Hilgard lui demandait alors si « une autre partie de lui » percevait quelque chose, en lui proposant de répondre avec un doigt. Le doigt signalait la douleur. Hilgard a appelé cette partie « l'observateur caché » et en a tiré sa théorie de la néodissociation (Hilgard, 1977). En clinique, la dissociation permet de mettre une douleur « à distance », de laisser un bras « là-bas » pendant qu'on s'occupe de lui.

La suggestibilité, ou réceptivité hypnotique, est très variable d'une personne à l'autre et assez stable dans le temps. Elle se mesure par des échelles standardisées (échelles de Stanford, échelle de groupe de Harvard). Schématiquement, une minorité de personnes est très réceptive, une autre minorité l'est peu, et la majorité se situe entre les deux. La bonne nouvelle pour le soignant est double : on n'a pas besoin de mesurer la suggestibilité avant de soigner, et presque tout le monde bénéficie d'une communication thérapeutique de qualité, quelle que soit sa réceptivité à l'hypnose formelle.

Suggestion, rapport et VAKOG

La suggestion est une proposition adressée au patient pour qu'il vive une expérience : une sensation, une image, un comportement. Elle peut être directe (« votre bras devient lourd ») ou indirecte (« je me demande si vous remarquerez d'abord la lourdeur dans le bras droit ou dans le bras gauche »), autoritaire ou permissive (« vous pouvez laisser votre bras devenir lourd, à votre rythme »). En soins, on privilégie volontiers l'indirect et le permissif, qui laissent au patient la liberté et donc moins de raisons de résister.

Le rapport est le lien de confiance et de synchronisation entre le soignant et le patient. Il est la condition de tout le reste. Une suggestion parfaite prononcée par quelqu'un en qui le patient n'a pas confiance tombe à plat. Nous verrons au chapitre 3 comment le construire en quelques secondes grâce au pacing.

VAKOG est un acronyme qui désigne les canaux sensoriels : Visuel, Auditif, Kinesthésique (sensations corporelles), Olfactif, Gustatif. Une suggestion devient vivante quand elle mobilise plusieurs sens. « Imaginez une plage » est une invitation ; « la tiédeur du sable sous les orteils, le ressac qui va et vient, l'odeur iodée, la lumière qui scintille sur l'eau » est une expérience.

Conscient et inconscient : un modèle de travail

On parle beaucoup en hypnose de « conscient » et d'« inconscient ». Il faut prendre ces mots pour ce qu'ils sont : une métaphore commode, pas une localisation anatomique. Personne n'a jamais trouvé l'inconscient sur une coupe d'IRM. La métaphore rappelle cependant une réalité solide : une grande partie de nos réactions échappe au contrôle volontaire. Le cœur accélère sans qu'on le décide, la salive vient à l'évocation d'un citron, la main se retire du feu avant qu'on ait pensé « brûlure ».

C'est ce que les pionniers ont appelé l'idéodynamisme : une idée tend à produire l'effet qu'elle décrit. Faites l'essai. Imaginez, avec le plus de détails possible, que vous coupez un citron bien jaune, que vous en portez une moitié à la bouche et que vous mordez dedans. Si vous salivez en lisant ces lignes, vous venez de vivre une suggestion idéodynamique. Et vous comprenez pourquoi « ça va piquer » n'est pas une phrase neutre.

1.4 Le pouvoir des mots : placebo, nocebo et suggestion au quotidien

Cette section est peut-être la plus importante du livre pour qui ne pratiquera jamais une induction formelle. Elle concerne tous les soignants, tous les jours.

Placebo et nocebo

On connaît l'effet placebo : une amélioration liée aux attentes positives du patient et au contexte de soin, indépendamment de l'effet pharmacologique d'un traitement. On connaît moins son jumeau maléfique, l'effet nocebo : une aggravation des symptômes, ou l'apparition d'effets indésirables, liée à des attentes négatives. Le mot vient du latin nocere, « nuire ».

Les mécanismes sont désormais bien décrits : attentes, conditionnement par les expériences passées, et modulation neurobiologique réelle de la douleur, notamment par la cholécystokinine du côté nocebo et les opioïdes endogènes du côté placebo (Colloca et Miller, 2011 ; Häuser et al., 2012). Le nocebo n'est donc pas « dans la tête » au sens péjoratif : il est dans le cerveau, ce qui est très différent.

Les mots qui font mal : les preuves

Pendant longtemps, on a pensé qu'il était honnête et respectueux de prévenir le patient : « attention, ça va piquer », « vous allez sentir une brûlure ». L'intention est bonne. Les données disent pourtant que ces formulations aggravent souvent ce qu'elles annoncent.

Elvira Lang, radiologue interventionnelle à Harvard, a filmé et analysé les interactions entre soignants et patients pendant des gestes invasifs. Les mises en garde formulées avec des mots négatifs (« ça va piquer », « ça va brûler ») étaient suivies d'une augmentation de la douleur et de l'anxiété. Plus surprenant, les marques de compassion formulées négativement (« je suis désolé, je sais que c'est horrible ») augmentaient elles aussi l'anxiété (Lang et al., 2005). L'article s'intitule, sobrement, Can words hurt? La réponse est oui.

Une autre étude, randomisée, a comparé deux façons de poser une voie veineuse : en prévenant le patient d'une « piqûre », ou sans l'annoncer ainsi. Les scores de douleur n'étaient pas significativement différents, mais les patients prévenus exprimaient plus souvent leur douleur à voix haute (Dutt-Gupta et al., 2007). Les données ne sont donc pas toutes spectaculaires, mais elles vont dans le même sens : l'annonce négative n'aide pas.

Les mots entendus « sans être écoutés »

Le patient sédaté, endormi ou simplement concentré sur autre chose entend-il ce qui se dit autour de lui ? Plusieurs éléments invitent à la prudence.

Les suggestions thérapeutiques diffusées pendant l'anesthésie générale ont d'ailleurs été testées. Dans un essai multicentrique allemand publié dans le BMJ, 385 patients opérés sous anesthésie générale écoutaient au casque, pendant l'intervention, soit un enregistrement de suggestions positives et de musique, soit un silence. Le groupe « suggestions » a consommé environ un tiers d'opioïdes en moins dans les 24 heures suivant l'opération (Nowak et al., 2020). Une méta-analyse antérieure retrouvait des effets plus modestes, surtout sur la consommation de médicaments et la récupération, sans effet net sur la douleur (Rosendahl et al., 2016). Le sujet reste ouvert, mais la prudence élémentaire s'impose : ce qui se dit au-dessus d'un patient endormi n'est peut-être pas perdu pour tout le monde.

Informer sans nuire

Un étudiant en médecine pose invariablement la question : « Mais si on ne dit pas au patient que ça va faire mal, on lui ment ! » C'est une vraie question éthique, et elle mérite une vraie réponse. Il ne s'agit pas de cacher la vérité, mais de choisir comment la dire. Wells et Kaptchuk (2012) ont montré que l'information exhaustive sur les effets indésirables peut, par effet nocebo, contribuer à les provoquer, et ils proposent un consentement « contextualisé » : informer de ce qui est utile, en expliquant aussi ce qui est fait pour prévenir ces effets et ce que le patient peut faire pour s'aider.

Comparons deux façons de dire la même chose avant une rachianesthésie :

Formulation noceboFormulation aidante
« Ça va piquer, c'est désagréable, mais ne bougez surtout pas. »« Je vais d'abord endormir la peau ; vous sentirez un petit contact, puis la zone va devenir engourdie. Le mieux que vous puissiez faire, c'est rester bien immobile, comme ça, arrondi. »
« Vous risquez d'avoir des nausées au réveil. »« Certaines personnes ont un peu mal au cœur au réveil ; on a déjà donné un médicament pour ça, et si ça arrive, dites-le-nous, on a ce qu'il faut. »
« Ne vous inquiétez pas. »« Vous êtes entre de bonnes mains, on s'occupe de tout. »

La deuxième colonne ne ment pas. Elle dit la vérité en orientant l'attention vers ce qui aide.

1.5 Terminologie en contexte médical

Quelques termes reviennent constamment dans la littérature et dans les services. Les fixer évite bien des malentendus entre collègues.

2. Bref aperçu historique

L'histoire de l'hypnose ressemble à un roman à rebondissements : un médecin mondain accusé de charlatanisme, une commission royale qui invente sans le savoir l'essai en aveugle, des chirurgiens qui amputent sous transe, une révolution chimique qui balaie tout, puis un psychiatre paralysé par la polio qui réinvente la discipline. Cette histoire est aussi, de bout en bout, celle de l'anesthésie. La connaître aide à comprendre les idées reçues des patients, et parfois celles des collègues.

2.1 Des origines au magnétisme animal

Les états de transe sont aussi vieux que l'humanité. Rituels de guérison, temples du sommeil de l'Antiquité grecque où les malades venaient « incuber » des rêves réparateurs, pratiques chamaniques : partout, on a utilisé la focalisation de l'attention, le rythme et la suggestion pour soulager. Mais l'histoire moderne commence dans le Paris des Lumières.

À la fin du XVIIIᵉ siècle, le médecin allemand Franz Anton Mesmer (1734-1815) s'installe à Paris et connaît un succès considérable. Sa théorie : un fluide universel et invisible, le « magnétisme animal », circulerait dans les corps ; la maladie viendrait de son mauvais équilibre, et le médecin pourrait le rétablir par des passes, des attouchements et des aimants. Ses séances collectives autour du « baquet », une cuve d'où sortaient des tiges de fer que les patients appliquaient sur leurs zones malades, provoquaient des « crises » spectaculaires : convulsions, rires, pleurs, évanouissements. Le tout-Paris s'y presse.

La théorie de Mesmer est discréditée. Les phénomènes, eux, sont bien réels, et ils ne disparaissent pas. Ses successeurs, notamment le marquis de Puységur, observent qu'on peut obtenir un état calme, proche du somnambulisme, sans aucune crise convulsive. On parle alors de « somnambulisme magnétique ». La porte est ouverte à une compréhension psychologique de ce qui se passe.

2.2 Naissance de l'« hypnose » et grandes écoles

James Braid et le mot « hypnose »

En novembre 1841, à Manchester, un chirurgien écossais nommé James Braid (1795-1860) assiste, sceptique, à la démonstration d'un magnétiseur itinérant suisse, Charles Lafontaine. Il vient pour démasquer la supercherie. Il revient à la séance suivante, puis à la troisième, et finit par être convaincu que les phénomènes sont réels, mais que le fluide n'y est pour rien. Rentré chez lui, il fait fixer à des volontaires, dont sa propre épouse, un objet brillant placé un peu au-dessus des yeux. L'état apparaît sans aucune passe magnétique.

Braid en propose une explication physiologique : la fixation prolongée fatigue l'attention et produit un état particulier du système nerveux. En 1843, dans son ouvrage Neurypnology, il nomme ce phénomène « neuro-hypnotisme », rapidement abrégé en « hypnotisme ». Il regrettera plus tard la référence au sommeil et tentera de rebaptiser le phénomène « monoïdéisme », pour souligner le rôle de la concentration sur une idée unique. Le mot n'a jamais pris. Il est permis de le regretter : « monoïdéisme » aurait épargné bien des malentendus, mais personne n'aurait vendu de billets pour un spectacle de monoïdéisme.

Nancy contre la Salpêtrière

À la fin du XIXᵉ siècle, la France devient le centre mondial de la recherche sur l'hypnose, et deux écoles s'affrontent.

À Paris, à la Salpêtrière, le célèbre neurologue Jean-Martin Charcot (1825-1893) considère l'hypnose comme un état pathologique, propre aux hystériques, décrit en stades successifs (léthargie, catalepsie, somnambulisme). Ses leçons publiques du mardi attirent le monde médical et littéraire. Un tableau d'André Brouillet, Une leçon clinique à la Salpêtrière (1887), montre Charcot présentant une patiente défaillante devant un parterre de médecins attentifs. Parmi les auditeurs de cette époque figure un jeune neurologue viennois, Sigmund Freud, qui restera marqué par ce qu'il y voit.

À Nancy, un médecin de campagne, Ambroise-Auguste Liébeault (1823-1904), soigne gratuitement les pauvres par la suggestion, ou fait payer ceux qui préfèrent un traitement classique. Le professeur Hippolyte Bernheim (1840-1919), d'abord venu pour le démasquer, devient son plus fervent défenseur. Pour l'école de Nancy, l'hypnose n'a rien de pathologique : elle relève de la suggestion, concerne des sujets sains, et la suggestion elle-même agit aussi à l'état de veille (Bernheim, 1884).

La querelle est vive, parfois féroce. C'est finalement la vision de Nancy qui s'impose, et c'est d'elle que descend l'hypnose médicale moderne. Une leçon utile pour nos patients : la vieille association entre hypnose et maladie mentale, ou entre hypnose et faiblesse de caractère, date d'une théorie abandonnée depuis plus d'un siècle.

2.3 L'hypnose en anesthésie et chirurgie

Opérer sous transe, avant les anesthésiques

Il faut se représenter la chirurgie avant 1846. Pas d'anesthésie, pas d'asepsie. Le patient est maintenu par des aides, le chirurgien travaille le plus vite possible, et la vitesse est la première qualité du métier. Dans ce contexte, toute méthode capable de réduire la douleur opératoire est une révolution.

Quelques années plus tard, en Inde, le chirurgien écossais James Esdaile (1808-1859), en poste à l'hôpital de Hooghly puis à Calcutta, se met à opérer sous « transe mesmérique ». Il rapporte des centaines d'interventions majeures, notamment l'ablation d'énormes tumeurs scrotales fréquentes dans la région, et plusieurs milliers d'actes mineurs. Il décrit une douleur opératoire nettement réduite et une mortalité remarquablement plus faible que celle de l'époque. Il publie son expérience en 1846 dans Mesmerism in India, and its Practical Application in Surgery and Medicine. L'année de parution n'est pas la meilleure.

L'éclipse par l'éther et le chloroforme

Le 16 octobre 1846, à Boston, William Morton réalise la première démonstration publique d'anesthésie à l'éther. La nouvelle traverse l'Atlantique en quelques semaines. Le 21 décembre 1846, à Londres, le chirurgien Robert Liston, réputé pour être l'un des plus rapides d'Europe, ampute une jambe sous éther. Il aurait déclaré à l'assistance : « This Yankee dodge, gentlemen, beats mesmerism hollow », que l'on pourrait traduire librement par « Messieurs, cette combine yankee enfonce complètement le mesmérisme ».

La formule résume parfaitement le basculement. L'éther, puis le chloroforme dès 1847, sont reproductibles, rapides, efficaces chez presque tout le monde, et ne demandent aucune compétence relationnelle particulière. Le mesmérisme, lui, varie selon les patients, prend du temps et traîne une réputation sulfureuse. Le match est perdu d'avance. L'hypnose quitte les blocs opératoires pour près d'un siècle et demi.

2.4 Déclin puis renaissance : l'hypnose moderne

Au début du XXᵉ siècle, l'hypnose recule en médecine. Freud l'abandonne au profit de la psychanalyse. Le pharmacien nancéien Émile Coué popularise l'autosuggestion consciente, avec sa formule répétée matin et soir : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. » On s'en moque volontiers aujourd'hui ; il avait pourtant compris avant beaucoup d'autres que les mots que l'on se répète façonnent l'expérience.

Pendant ce temps, l'hypnose de spectacle prospère et achève d'associer le mot à la manipulation et au divertissement.

Milton H. Erickson, l'homme qui a réinventé l'hypnose

La véritable refondation vient des États-Unis, avec le psychiatre Milton Hyland Erickson (1901-1980). Sa biographie a elle-même quelque chose d'hypnotique.

Erickson rompt avec l'hypnose autoritaire du XIXᵉ siècle (« dormez, je le veux ! »). Son approche est souple, permissive, indirecte. Elle repose sur l'observation fine du patient et sur le principe d'utilisation : tout ce que le patient apporte, y compris ses résistances, son vocabulaire, ses centres d'intérêt et ses symptômes, peut être utilisé au service du changement. Il développe les suggestions indirectes, les métaphores, le choix illusoire, la technique de confusion, dont nous parlerons au chapitre 3.

Sur le plan théorique, Ernest Hilgard formalise dans les années 1970 la théorie de la néodissociation (Hilgard, 1977), tandis que se développent les échelles de mesure et les premières études expérimentales rigoureuses. L'hypnose redevient un objet scientifique.

2.5 L'hypnose en anesthésie aujourd'hui

Le modèle de Liège

La renaissance de l'hypnose en anesthésie est en grande partie belge. Au CHU de Liège, l'anesthésiste-réanimatrice Marie-Élisabeth Faymonville commence en 1992 à associer l'hypnose à une sédation intraveineuse légère et à une anesthésie locale : c'est l'hypnosédation. La technique est d'abord utilisée en chirurgie plastique, puis en chirurgie endocrinienne cervicale, notamment la thyroïde et les parathyroïdes.

Les résultats sont publiés et étudiés. Dans une série de 337 patients de chirurgie plastique, les patients opérés sous hypnosédation rapportaient moins d'anxiété et consommaient moins de midazolam, et les nausées et vomissements postopératoires étaient beaucoup plus rares qu'avec la sédation seule : 1,2 % contre 26,7 % (Faymonville et al., 1995). En chirurgie endocrinienne, près de 200 thyroïdectomies ont été réalisées sous hypnosédation avec un taux de réussite de 98,5 %, moins de douleur postopératoire et une convalescence plus courte (Meurisse et al., 1999). Surtout, l'équipe de Liège a associé la pratique clinique à la recherche en imagerie cérébrale, contribuant largement à la crédibilité scientifique du domaine (voir section 1.2). Des milliers de patients ont depuis été opérés selon ce modèle.

Un corpus de preuves en expansion

Le XXIᵉ siècle a vu se multiplier les essais randomisés et les méta-analyses. En France, un rapport de l'INSERM a évalué l'efficacité de l'hypnose et retenu un intérêt en anesthésie, notamment pour réduire la consommation de sédatifs et d'antalgiques pendant les gestes, tout en soulignant les difficultés méthodologiques propres à ce type d'intervention (Gueguen et al., 2015). La Société française d'anesthésie et de réanimation (SFAR) a publié une prise de position sur l'utilisation de l'hypnose par les anesthésistes-réanimateurs, qui la reconnaît comme une technique complémentaire, à utiliser dans le respect du champ de compétence de chacun. Il ne s'agit pas d'une recommandation formelle d'experts, mais d'un signal clair de légitimité.

Les données les plus récentes seront détaillées au chapitre 4. Retenons ici que la plus récente méta-analyse d'ampleur consacrée aux anesthésistes, portant sur 142 études et plus de 9 000 patients, confirme une réduction de la douleur, de l'anxiété et des nausées-vomissements postopératoires, tout en appelant à des essais de meilleure qualité (Lahoud et al., 2026). C'est la position scientifique honnête : un bénéfice réel et reproductible, avec des zones d'incertitude.

En Europe et au Luxembourg

En Europe francophone, l'hypnose en anesthésie s'est diffusée principalement depuis la Belgique et la France, où de nombreux établissements l'ont intégrée et où plusieurs instituts proposent des formations à l'hypnoanalgésie hospitalière. Les pays germanophones ont développé de leur côté une tradition forte de recherche sur la communication et les suggestions en anesthésie, notamment autour d'Ernil Hansen à Ratisbonne (Regensburg) (Hansen et Zech, 2019 ; Nowak et al., 2020).

Au Luxembourg, l'hypnose est présente dans le paysage hospitalier : les Hôpitaux Robert Schuman, par exemple, proposent des séances d'hypnothérapie et développent la formation des soignants. Son intégration précise dans les services d'anesthésie et de réanimation des différents centres hospitaliers du pays (CHL, CHdN, CHEM, HRS), ainsi que sa place dans la formation infirmière spécialisée, sont appelées à se développer et gagneront à être documentées avec les équipes locales. Ce manuel espère y contribuer.

3. Les techniques utilisables rapidement

Une idée fausse décourage beaucoup de soignants : l'hypnose demanderait du temps, du calme, une salle dédiée et une voix de conteur. Au bloc, où le temps est compté et le calme relatif, ce serait donc impossible. Les données disent le contraire.

Accessoirement, un geste qui dure 17 minutes de moins sous hypnose est un argument qui parle aussi aux gestionnaires de bloc opératoire. Dans un autre essai, 15 minutes d'hypnose avant une chirurgie mammaire ont réduit la douleur, les nausées, la consommation de propofol et de lidocaïne, avec une économie estimée à environ 770 dollars par patiente, principalement grâce à un temps opératoire plus court (Montgomery et al., 2007).

Les outils de ce chapitre sont présentés du plus simple au plus construit. Il n'est pas nécessaire de tous les maîtriser pour être utile : les deux premiers, le langage positif et la synchronisation, suffisent à transformer beaucoup de soins.

3.1 La communication hypnotique de base

Le langage positif et la prévention du nocebo

fiche Langage positif

Commençons par une expérience. Ne pensez surtout pas à un éléphant rose.

Trop tard. Pour comprendre la consigne, votre cerveau a dû se représenter l'éléphant. La négation n'a pas d'image propre : pour savoir à quoi ne pas penser, il faut d'abord y penser. Le psychologue Daniel Wegner l'a démontré expérimentalement avec un ours blanc : les participants à qui l'on demandait de ne pas penser à un ours blanc y pensaient davantage que ceux à qui l'on n'avait rien demandé, et l'ours revenait en force dès que la consigne était levée (Wegner et al., 1987 ; Wegner, 1994).

Transposons au bloc. « N'ayez pas peur » active l'idée de peur. « Ne bougez pas » active l'idée de mouvement. « Ça ne va pas faire mal » contient deux mots-clés, « faire » et « mal », et le patient anxieux retient surtout le second. Le principe du langage positif est simple à énoncer et difficile à appliquer : nommer ce que l'on veut obtenir, plutôt que ce que l'on veut éviter.

Trois mécanismes expliquent son efficacité. L'amorçage : un mot prononcé pré-active le concept qu'il désigne. L'idéodynamisme : une idée tend à produire l'effet qu'elle décrit (voir 1.3). L'orientation de l'attention : ce que l'on nomme devient le centre du champ de conscience du patient.

Quelques pièges méritent une attention particulière.

Les petits mots qui trahissent. « Juste une petite piqûre » : le diminutif ne rassure personne, et le mot « piqûre » est toujours là. « Un petit moment désagréable » : le patient a entendu « désagréable ».

La question qui suggère. Demander « vous avez mal ? » toutes les deux minutes oriente l'attention vers la douleur. Évaluer la douleur est indispensable ; on peut le faire en demandant le niveau de confort, ou en utilisant l'échelle numérique sans commentaire dramatique.

Le jargon mal compris. Pour le soignant, « on va vous endormir » est une phrase banale. Pour un enfant dont le chien a été « endormi » chez le vétérinaire la semaine précédente, c'est une annonce terrifiante. De même, « vous allez sentir un choc » (pour une neurostimulation) ou « on va vous mettre la sonde » méritent d'être traduits.

La « vérité » brutale inutile. « C'est la partie la plus douloureuse de l'intervention » : peut-être, mais le patient n'a rien à faire de cette information, sinon avoir peur à l'avance. Comme nous l'avons vu (section 1.4), informer honnêtement ne signifie pas amplifier.

Synchronisation (pacing) et guidage (leading)

fiche Pacing

Le rapport, ce lien de confiance qui rend les suggestions acceptables, ne se décrète pas. Il se construit, et il peut se construire en quelques secondes grâce à la synchronisation.

Le pacing consiste à se caler sur la personne : sa respiration, la vitesse et le volume de sa voix, son vocabulaire, sa posture, son état émotionnel du moment. Ce n'est pas de l'imitation caricaturale, c'est un accordage. Les psychologues sociaux ont décrit l'« effet caméléon » : nous imitons spontanément et inconsciemment la posture et les gestes des personnes avec qui nous interagissons, et le fait d'être discrètement imité augmente la sympathie et le sentiment d'affiliation (Chartrand et Bargh, 1999). La synchronie non verbale est un corrélat bien documenté du rapport (Tickle-Degnen et Rosenthal, 1990).

Une fois la synchronisation établie, on peut passer au leading : ralentir progressivement sa propre respiration, baisser le débit de sa voix, adoucir le ton. Si le rapport est installé, le patient suit. On rejoint d'abord la personne là où elle est, puis on l'emmène ailleurs. Tenter de calmer un patient paniqué en lui parlant d'emblée d'une voix lente et monocorde, c'est un peu comme essayer de monter dans un train en marche en restant immobile sur le quai.

Le pacing peut aussi être verbal. On décrit à haute voix des éléments que le patient vit et peut vérifier, puis on ajoute une suggestion. Chaque élément vérifiable renforce la crédibilité de ce qui suit.

Parler sur l'expiration est l'une des astuces les plus simples et les plus efficaces. L'expiration correspond physiologiquement à une activation parasympathique relative ; c'est le moment du relâchement. Caler ses suggestions de détente, et quand c'est possible ses gestes, sur l'expiration du patient, c'est aller dans le sens de sa physiologie.

S'appuyer sur les canaux sensoriels (VAKOG)

Écoutez la façon dont les patients décrivent leur expérience. L'un dira « je ne vois pas comment ça va se passer », un autre « ça ne me dit rien qui vaille », un troisième « je ne le sens pas ». Même inquiétude, trois canaux différents : visuel, auditif, kinesthésique.

Répondre dans le canal du patient rend la communication plus fluide : « je vais vous montrer comment ça va se dérouler » pour le premier, « je vais vous expliquer » pour le deuxième, « on va faire ça tranquillement, vous allez vous sentir bien installé » pour le troisième. Il ne s'agit pas de classer les gens dans des cases rigides (la recherche ne soutient pas l'idée d'un canal « dominant » stable chez chacun), mais d'utiliser ce que le patient offre à l'instant.

Lorsqu'on propose une expérience imaginaire, on mobilise plusieurs canaux à la fois. C'est la différence entre une carte postale et un voyage.

La communication stratégique : quelques principes transversaux

Au-delà des techniques, quelques principes forment ce qu'on peut appeler la communication stratégique en anesthésie (Cyna et al., 2009 ; Cyna et al., 2011 ; Hansen et Zech, 2019).

On ne peut pas ne pas communiquer. C'est le premier axiome de l'école de Palo Alto (Watzlawick et al., 1967). Le silence, un soupir, un froncement de sourcils devant l'écran, une conversation technique entre collègues au-dessus du patient : tout est message. Le patient anxieux est un décodeur ultrasensible, qui interprète chaque signal comme une information sur son propre sort.

Le patient anxieux est déjà en transe. Le patient qui arrive au bloc est focalisé, hypervigilant, coupé de son environnement habituel, extrêmement réceptif à tout ce qu'on dit. Autrement dit, il remplit déjà les critères de la définition de l'hypnose. La question n'est donc pas de savoir si on va l'hypnotiser, mais quelles suggestions on va lui donner, puisqu'il les recevra de toute façon. Autant qu'elles soient utiles.

Accepter et utiliser. Plutôt que de contredire le patient (« mais non, ce n'est rien »), on accepte ce qu'il vit et on s'en sert : « c'est normal de ressentir ça ici, et vous pouvez aussi remarquer que votre respiration commence déjà à se poser ».

Présupposer le succès. « Quand vous serez en salle de réveil, vous remarquerez… » présuppose que tout va bien se passer. « Si tout va bien… » présuppose que ça pourrait mal se passer.

Donner du contrôle. Un patient qui peut faire quelque chose (respirer, serrer une main, choisir) a moins peur qu'un patient qui subit.

Soigner l'ambiance. Les conversations entre soignants, les plaisanteries sur le week-end, les commentaires sur le matériel qui ne fonctionne pas ou sur « le patient d'avant » sont entendus. La règle simple : on ne dit rien devant un patient, même endormi, qu'on ne dirait pas à ce patient éveillé.

3.2 Capter et focaliser l'attention

L'attention est une ressource limitée. Nous ne pouvons pas traiter pleinement plusieurs informations complexes à la fois. C'est une mauvaise nouvelle quand on essaie de conduire en répondant à un message, et une excellente nouvelle quand on veut aider un patient à moins ressentir un geste. Deux stratégies complémentaires exploitent cette limite : concentrer l'attention sur un point (focalisation) ou la déplacer ailleurs (distraction).

La focalisation

fiche Focalisation

Focaliser, c'est rassembler l'attention sur une seule cible : un objet à fixer, le souffle, un son, une sensation corporelle, la voix du soignant. En concentrant l'esprit, on rétrécit le champ de conscience ; ce qui est hors du point focal s'estompe. C'est le levier d'induction le plus ancien, celui que Braid utilisait déjà avec son objet brillant.

Les mécanismes sont ceux de l'attention sélective. La monotonie et la fixation prolongée fatiguent l'attention volontaire et favorisent l'absorption, ce trait dont on a vu qu'il prédit la réceptivité hypnotique (Tellegen et Atkinson, 1974). La focalisation est aussi très proche de certaines pratiques de pleine conscience, ce qui la rend familière à beaucoup de patients.

Au bloc, les points de focalisation ne manquent pas : une dalle du plafond, la lumière du scialytique (avant qu'on l'allume en plein), la main du soignant posée sur l'épaule, le rythme de la respiration, ou tout simplement la voix.

La distraction

fiche Distraction

La distraction consiste à détourner activement l'attention loin de la sensation ou de l'émotion gênante. C'est l'une des stratégies antalgiques les mieux documentées et les plus simples. Elle s'appuie sur plusieurs mécanismes : la compétition attentionnelle (la douleur « demande » de l'attention, et une tâche prenante lui en laisse moins ; Eccleston et Crombez, 1999), la modulation descendante de la nociception, et la théorie du portillon, qui décrit comment des influences périphériques et centrales modulent le passage du message nociceptif au niveau médullaire (Melzack et Wall, 1965).

La règle d'or de la distraction : l'efficacité croît avec le pouvoir d'absorption de la tâche. Demander à un adulte « pensez à autre chose » ne fonctionne presque jamais. Lui demander de décrire en détail la maison de son enfance, le trajet de son dernier voyage ou la recette de sa meilleure tarte fonctionne beaucoup mieux. La réalité virtuelle, qui plonge le patient dans un monde immersif, a montré des effets antalgiques remarquables chez des patients brûlés pendant les soins (Hoffman et al., 2011).

La différence entre focalisation et distraction est parfois ténue. Dans la focalisation, on concentre l'attention vers l'intérieur de l'expérience (le souffle, une sensation agréable). Dans la distraction, on l'emmène vers l'extérieur ou ailleurs (un souvenir, une tâche, un jeu). Les deux se combinent volontiers : on focalise pour installer le calme, puis on distrait au moment du geste.

3.3 Les inductions rapides

fiche Types d'induction

Lorsqu'on souhaite obtenir une transe plus nette, par exemple pour accompagner une rachianesthésie, un bloc locorégional ou une hypnosédation, on peut utiliser une induction formelle. Il en existe des dizaines ; quelques-unes, courtes, sont particulièrement adaptées au contexte hospitalier.

Toutes les inductions suivent en réalité la même logique : capter l'attention, la focaliser, créer une expérience interne, ratifier ce qui se passe. La « ratification » consiste à commenter positivement les signes de transe que l'on observe : « c'est bien… vous voyez comme votre respiration se pose… ».

La fixation oculaire

C'est l'héritière directe de Braid. On propose au patient de fixer un point, légèrement au-dessus de la ligne du regard, ce qui fatigue les paupières. On suggère que les paupières deviennent lourdes et que les yeux peuvent se fermer quand ils le souhaitent. Quand ils se ferment, on ratifie et on approfondit.

La relaxation express

Plutôt que de passer en revue tout le corps pendant vingt minutes, on propose un relâchement rapide par grandes zones, calé sur trois ou quatre expirations : le visage, les épaules, les bras, les jambes. Très adaptée à la salle de pré-induction.

La lévitation du bras

On suggère qu'une main devient légère, de plus en plus légère, et qu'elle peut commencer à se soulever toute seule, comme attirée par un ballon. C'est une induction spectaculaire et très convaincante pour le patient, qui constate lui-même un mouvement qu'il n'a pas le sentiment de produire volontairement (idéodynamisme). Elle demande un peu de temps et convient mieux à la consultation ou à la séance préparatoire qu'au geste en urgence.

Le comptage ou l'escalier

On invite le patient à descendre mentalement un escalier, marche après marche, en comptant de dix à un, chaque marche l'emmenant « un peu plus profondément dans le confort ». Simple, familier, facile à adapter (un ascenseur, un chemin qui descend vers une plage).

L'interruption de pattern et la méthode Elman

L'interruption de pattern exploite un automatisme social : on commence une poignée de main, par exemple, puis on l'interrompt à mi-chemin en donnant une suggestion. Pendant une fraction de seconde, le cerveau, privé de la suite attendue, est en suspens et très réceptif. La méthode de Dave Elman, hypnotiste américain qui formait des médecins et des dentistes dans les années 1950, est une induction rapide et structurée, qui enchaîne relaxation des paupières, tests et approfondissement en quelques minutes.

3.4 Approfondir et utiliser la transe

Une fois le patient en état de réceptivité, que ce soit par une induction formelle ou par la simple qualité de la relation, on peut installer des ressources et proposer des suggestions. Cette section présente les outils principaux du recueil.

La dissociation

fiche Dissociation

La dissociation consiste à aider le patient à prendre du recul par rapport à ce qu'il vit. Au lieu d'être dans la sensation (état « associé »), il la regarde depuis la place d'un observateur. On l'a vu avec Hilgard (section 1.3) : l'esprit est capable de séparer certains contenus de la conscience.

En anesthésie, la dissociation est précieuse pour les gestes douloureux. On peut dissocier une partie du corps (« ce bras, là-bas, dont on s'occupe »), dissocier la personne du lieu (« pendant que votre corps reste ici, bien installé, votre esprit peut aller se promener ailleurs »), ou dissocier dans le temps (« et bientôt, tout cela sera un souvenir lointain »).

On joue aussi sur les sous-modalités de l'expérience : éloigner une image, la rendre plus petite, la mettre en noir et blanc, baisser le volume d'un son. Ces modifications réduisent souvent l'intensité émotionnelle associée.

Le lieu sûr

fiche Lieu sûr

Le lieu sûr (safe place) est un espace intérieur de calme et de sécurité que la personne construit mentalement, réel ou imaginaire : une plage, une forêt, une cuisine d'enfance, un canapé avec un chat. Utilisé en hypnose, en EMDR (Shapiro, 2018) et dans les thérapies du traumatisme pour la stabilisation émotionnelle, il devient un refuge mobilisable à tout moment.

Son efficacité repose sur l'imagerie multisensorielle (plus le lieu est incarné, plus il est efficace), sur l'ancrage (un geste ou un mot qui y ramène) et sur la réponse de relaxation, cette bascule physiologique vers l'apaisement décrite par Herbert Benson (Benson et Klipper, 1975).

Le secret du lieu sûr, c'est qu'il appartient au patient. Le soignant ne l'impose pas ; il pose des questions et laisse le patient remplir les détails. On évite de proposer soi-même « une plage » à quelqu'un qui a failli s'y noyer.

Une astuce : faites raconter le lieu au patient à voix haute, avec ses propres mots. Vous saurez alors exactement quels détails reprendre, et le patient sera doublement absorbé, par l'imagination et par le récit.

L'ancrage

fiche Ancrage

L'ancrage consiste à associer un état interne (calme, confiance, sécurité) à un signal précis : un mouvement, un mot, un contact, une représentation. Une fois l'association installée, le signal réactive l'état. Le principe est celui du conditionnement décrit par Pavlov (1927), transposé aux émotions, et formalisé plus tard par la programmation neurolinguistique (Bandler et Grinder, 1979). Même si les fondements théoriques de la PNL sont discutés, la technique d'ancrage elle-même est simple, bien acceptée et utile en clinique.

Trois règles rendent l'ancre efficace : l'intensité (on ancre au moment où l'état est à son maximum), la précision (un signal net, reproductible à l'identique) et la répétition (qui renforce l'association).

En anesthésie, l'ancrage le plus courant relie le lieu sûr ou la détente à un geste discret : pouce et index qui se touchent, main posée sur le ventre, respiration profonde. Installé en consultation ou à l'accueil, il peut être réactivé au moment du geste, en salle de réveil ou en réanimation.

Les suggestions indirectes et permissives

Milton Erickson a montré qu'on n'a pas besoin de donner des ordres pour obtenir un effet. Les suggestions indirectes et permissives laissent au patient une liberté réelle, ce qui diminue la résistance et respecte son autonomie. Le recueil en décrit plusieurs formes.

Le choix illusoire

fiche Choix illusoire

Le choix illusoire, ou double lien thérapeutique, propose deux options apparemment libres qui mènent toutes deux dans la direction souhaitée. Le patient se concentre sur le « comment » plutôt que sur le « si » (Erickson et Rossi, 1975). Le terme de double bind vient des travaux de Gregory Bateson et de l'école de Palo Alto sur la communication paradoxale (Bateson et al., 1956), mais Erickson en a fait un usage thérapeutique bienveillant.

Tous les parents le pratiquent sans le savoir : « tu prends ton bain maintenant ou après ton histoire ? ». Le bain aura lieu de toute façon, mais l'enfant a décidé de quelque chose.

Le choix illusoire n'est éthique que si les deux options servent réellement le patient. Il ne s'agit pas de piéger quelqu'un pour obtenir un consentement qu'il ne donnerait pas ; il s'agit de lui rendre une part de contrôle dans un contexte où il en a très peu.

Le yes-set

fiche Yes-set

Le yes-set, ou « ensemble de oui », consiste à enchaîner des affirmations vraies et indiscutables, appelées truismes, avant d'introduire la suggestion. Chaque « oui », prononcé ou simplement pensé, crée un élan d'acceptation (Erickson, Rossi et Rossi, 1976). La psychologie sociale a décrit des mécanismes voisins : la cohérence avec ses engagements précédents et l'effet « pied dans la porte », selon lequel un petit accord initial augmente la probabilité d'accords ultérieurs (Freedman et Fraser, 1966 ; Cialdini, 2021).

Les quatre premières propositions sont incontestables. La cinquième ne l'est pas, mais elle arrive portée par l'élan des précédentes. On remarquera que le yes-set est très proche du pacing verbal : les deux décrivent le vécu vérifiable avant de guider.

Le saupoudrage

fiche Saupoudrage

Le saupoudrage (seeding) consiste à semer discrètement, au fil de la conversation, des mots ou des idées-clés qui prépareront la suggestion principale. On sème d'abord, on récolte ensuite (Zeig, 1990). Ces « graines » sont souvent marquées par une légère pause, un changement de ton ou un regard, pour que le patient les capte sans s'en rendre compte. C'est la version moderne de la technique d'intersemis d'Erickson (voir l'histoire de Joe et du plant de tomates, section 2.4). Le mécanisme sous-jacent est celui de l'amorçage (priming) : un concept déjà activé en mémoire est plus facilement accessible et accepté ensuite (Tulving et Schacter, 1990).

Les métaphores

fiche Métaphores

La métaphore thérapeutique raconte autre chose pour évoquer, par la bande, ce que traverse le patient et propose, sous forme symbolique, un chemin possible. Le message ne passe pas par l'argumentation logique, mais par l'identification. Pour fonctionner, la métaphore doit être isomorphe : sa structure doit refléter celle de la situation réelle (Gordon, 1978). Les linguistes cognitifs ont montré que la métaphore n'est pas un ornement du langage, mais une façon fondamentale de structurer la pensée (Lakoff et Johnson, 1980).

En anesthésie, les métaphores les plus utiles sont souvent brèves et concrètes. Pour la position de la rachianesthésie : « arrondissez le dos comme un chat qui s'étire au soleil » ou « comme une crevette ». Pour un patient qui lutte contre le respirateur : « comme un bateau qui se laisse porter par la vague plutôt que de ramer contre elle ». Pour l'attente angoissante : « comme un voyageur dans un train, qui n'a pas besoin de conduire pour arriver à destination ».

Le recadrage

fiche Recadrage

Le recadrage (reframing) consiste à proposer un nouveau cadre de sens à une situation : rien ne change dans les faits, tout change dans le sens qu'on leur donne, et l'émotion suit. Formalisé par Watzlawick et l'école de Palo Alto (Watzlawick et al., 1974), il est proche de ce que la psychologie des émotions appelle la réévaluation cognitive, l'une des stratégies de régulation émotionnelle les mieux étudiées (Gross, 1998).

On distingue le recadrage de sens (« et si cela voulait dire autre chose ? ») et le recadrage de contexte (« dans quelle situation ce comportement serait-il utile ? »).

La confusion

fiche Confusion

La technique de confusion, décrite par Erickson (1964), consiste à surcharger ou dérouter momentanément l'esprit analytique par l'ambiguïté, les jeux de mots, les doubles négations ou une surabondance d'informations. Saturé, le mental « lâche » et saisit avec soulagement la première consigne claire qui se présente.

La suggestion post-hypnotique

fiche Suggestion post-hypnotique

La suggestion post-hypnotique est posée pendant la transe mais conçue pour agir après, lorsque le patient est de nouveau pleinement éveillé, généralement lorsqu'un signal convenu survient. Sa structure typique est « quand… alors… » (Erickson et Erickson, 1941). Elle permet de prolonger le bénéfice de la séance dans le temps.

Les déclencheurs efficaces sont fréquents, nets et naturellement liés à la situation : l'ouverture des yeux en salle de réveil, la première gorgée d'eau, le moment où le patient appuie sur la pompe d'analgésie, le retour dans la chambre.

3.5 Gérer la douleur aiguë : l'hypnoanalgésie

La douleur, on l'a vu (section 1.2), se module par l'attention et par sa composante émotionnelle. L'hypnoanalgésie combine plusieurs leviers pour agir sur les différentes dimensions de l'expérience douloureuse.

Le gant magique et l'analgésie de zone

Le gant magique est une technique classique. On installe d'abord une sensation d'engourdissement, de fraîcheur ou d'insensibilité dans une main, par l'imagination (plonger la main dans la neige, enfiler un gant épais, appliquer une crème anesthésiante imaginaire). On vérifie que la sensation est présente. Puis on propose au patient de « transférer » cette sensation, en posant la main sur la zone du soin, ou de la répandre progressivement vers la zone concernée.

Chez l'enfant, on peut utiliser un « bouton de la douleur » à tourner comme un variateur de lumière, ou un super-héros qui pose un bouclier sur la zone.

La combinaison des leviers

L'hypnoanalgésie efficace combine souvent plusieurs outils en séquence :

  • dissociation : éloigner la zone ou mettre la personne ailleurs (lieu sûr) ;
  • distraction : occuper l'attention par un récit ou une tâche au moment le plus intense ;
  • transformation de la sensation : suggérer une fraîcheur, une chaleur, une pression, un fourmillement plutôt qu'une douleur ;
  • modification de l'intensité : le variateur, le thermostat, le volume qu'on baisse ;
  • respiration guidée : faire les gestes sur l'expiration, souffler au moment de la ponction ;
  • réassurance temporelle : « c'est déjà presque terminé ».

Boîte à outils express au lit du patient

Quand on n'a que deux ou trois minutes, voici une séquence qui mobilise l'essentiel :

  • Se présenter et établir le contact : prénom, fonction, regard, main posée si c'est approprié.
  • Se synchroniser : observer la respiration, adopter le même rythme, puis ralentir.
  • Annoncer en langage positif : ce qui va se passer, ce que le patient peut faire pour s'aider.
  • Proposer un point d'attention : respiration, lieu sûr, récit engageant, tâche.
  • Poser une ou deux suggestions de confort et réaliser le geste sur l'expiration.
  • Refermer : ratifier (« c'est fait, vous avez très bien fait ça »), vérifier le confort, suggestion positive pour la suite.

3.6 Sortie de transe et sécurité

On ne laisse jamais un patient « en plan ». Même après une simple communication hypnotique de quelques minutes, on referme la séquence. C'est une question de sécurité (orientation, vigilance) et de qualité (le patient repart avec une expérience complète et positive).

Refermer la séquence

La sortie de transe comporte en général quatre temps :

  • l'annonce : « dans quelques instants, vous allez pouvoir revenir ici, tranquillement, à votre rythme » ;
  • la réassociation progressive : retour aux sensations du corps, aux bruits de la salle, au moment présent ;
  • la suggestion positive pour la suite, éventuellement post-hypnotique, et l'ancrage de la ressource ;
  • la vérification : ouverture des yeux, orientation, confort, quelques mots échangés.

Dans certaines situations, on ne cherche pas à « réveiller » le patient : quand une anesthésie générale va suivre la séquence d'hypnose, ou quand un patient épuisé glisse naturellement vers le sommeil. On adapte alors la sortie, en laissant une suggestion de repos et de sécurité.

Adapter au contexte de réanimation

En réanimation, le patient peut être sédaté, ventilé, désorienté ou délirant. La sortie de transe insiste sur l'orientation : le lieu, le moment, la présence de l'équipe, ce qui va se passer ensuite. On évite les suggestions de voyage lointain ou de confusion chez le patient à risque de délirium ; on privilégie la voix, le toucher, la respiration et des repères simples.

4. Les situations cliniques

« Le bon outil, au bon moment, pour le bon patient. » Cette formule, familière à tout anesthésiste pour le choix d'une technique d'anesthésie, vaut aussi pour l'hypnose. Une métaphore élaborée n'a pas sa place pendant une intubation en urgence ; une simple phrase bien choisie, si. Ce chapitre suit le parcours du patient, de la consultation à la réanimation, puis aborde les gestes transversaux, les populations particulières, et enfin les bénéfices, limites et contre-indications.

4.1 En anesthésie

Avant : la consultation, l'anxiété préopératoire et la pré-induction

L'anxiété préopératoire n'est pas un simple inconfort. Elle est associée à une douleur postopératoire plus importante, à des besoins accrus en agents anesthésiques et antalgiques, et à une récupération plus difficile. La réduire est déjà thérapeutique.

La consultation d'anesthésie est un moment privilégié et souvent sous-exploité. Le patient y est attentif, parfois inquiet, et tout ce qui s'y dit sera repensé, souvent la nuit précédant l'intervention. C'est le moment d'informer de façon aidante (section 1.4), de recueillir les centres d'intérêt du patient (qui serviront plus tard à construire un lieu sûr ou une distraction), de proposer éventuellement un exercice simple de respiration ou d'autohypnose, et de semer quelques suggestions pour la suite.

L'accueil au bloc est le moment où l'anxiété culmine souvent : le patient est dévêtu, allongé, entouré d'inconnus masqués, dans un environnement bruyant et froid. C'est aussi le moment où il est le plus réceptif. Quelques secondes suffisent pour transformer l'expérience : se présenter, appeler le patient par son nom, le couvrir, lui expliquer ce qui se passe, lui proposer de respirer, de penser à son lieu sûr.

Pendant : les gestes et l'anesthésie

La pose de voie veineuse périphérique est souvent le premier geste invasif, et donc le premier message que reçoit le patient sur la suite. Langage positif, distraction engageante, ponction sur l'expiration : l'essentiel tient en trente secondes (scénario détaillé en 5.1).

La rachianesthésie et l'anesthésie locorégionale chez le patient éveillé sont des situations idéales. Le patient doit rester immobile dans une position parfois inconfortable, il ne voit pas ce qui se passe dans son dos, et l'annonce de la ponction est souvent anxiogène. Pacing respiratoire, métaphore pour la position, choix illusoire, lieu sûr et annonce en langage positif font merveille. On se souvient de l'étude de Varelmann (section 1.4) : la simple formulation de l'annonce modifie la douleur de l'injection.

L'installation et la mise en position, en particulier pour les patients âgés ou douloureux, gagnent à être accompagnées : annoncer chaque mouvement, le synchroniser avec l'expiration, commenter positivement ce qui est fait.

Pendant la chirurgie sous anesthésie locorégionale, la communication hypnotique aide le patient à supporter la durée, les bruits (scie, bistouri électrique, aspiration), l'immobilité et l'inconfort de position. On peut transformer les bruits en éléments du lieu sûr (« ce bruit régulier, comme la mer au loin »), ou les recadrer (« ce sont les bruits d'une équipe qui travaille bien »).

L'hypnosédation remplace l'anesthésie générale pour certaines chirurgies : thyroïde et parathyroïdes, chirurgie mammaire, chirurgie plastique, certains gestes endoscopiques ou de radiologie interventionnelle. Elle associe hypnose formelle, sédation intraveineuse légère et anesthésie locale ou locorégionale. Elle suppose une sélection des patients, leur consentement, une préparation, une équipe formée et entraînée, et une possibilité de conversion en anesthésie générale à tout moment. C'est une décision et une conduite médicales, dans laquelle l'infirmier anesthésiste joue un rôle essentiel.

Après : le réveil et la salle de surveillance post-interventionnelle

Le réveil est une période de vulnérabilité : désorientation, douleur, nausées, frissons, parfois agitation. Les premiers mots entendus comptent. Un « ça y est, c'est fini, tout s'est bien passé, vous êtes en salle de réveil » est une suggestion puissante.

Les leviers utiles en SSPI sont simples : réassurance et orientation, suggestions de confort, respiration guidée, recadrage des sensations (frissons, lourdeur, gorge irritée par l'intubation), réactivation de l'ancre installée avant l'intervention. Pour les nausées et vomissements, des suggestions de calme digestif, de fraîcheur et de respiration lente ont été étudiées ; les méta-analyses retrouvent des effets sur les suites opératoires, variables selon les critères (Kekecs et al., 2014 ; Lahoud et al., 2026). Pour l'agitation au réveil, en particulier chez l'enfant, une voix calme, le toucher, la présence et des repères simples sont souvent plus efficaces qu'une longue explication.

4.2 En réanimation et soins intensifs

La réanimation est un contexte particulier. Le patient est souvent sédaté, ventilé, désorienté, parfois délirant. Il est privé de ses repères (jour et nuit, visages connus, capacité de parler), exposé en permanence aux bruits des alarmes et aux soins invasifs. Beaucoup de patients garderont des souvenirs pénibles de leur séjour, et une proportion non négligeable développera des symptômes de stress post-traumatique.

Dans ce contexte, la communication hypnotique s'adapte : elle mise sur la voix, le toucher, la respiration, les repères et des suggestions simples.

Les gestes et soins

Aspirations trachéales, soins de plaies et pansements, ablation de drains, retournements et mobilisations, pose de cathéters : ces soins répétés sont souvent vécus comme des agressions. Les principes restent les mêmes qu'au bloc : annoncer, relier le geste à son bénéfice, synchroniser avec la respiration, proposer une focalisation ou une distraction, refermer.

Le confort et le vécu

L'anxiété, la dyspnée, l'inconfort du sevrage ventilatoire, les troubles du sommeil et l'agitation sont des cibles naturelles. Pour le patient qui « lutte » contre le respirateur, le pacing respiratoire, la voix calée sur le rythme de la machine et des métaphores de vague ou de balancement peuvent aider. Pour le sommeil, une routine vocale courte, répétée chaque soir, peut servir de signal.

Communiquer avec le patient qui ne peut pas parler

Le patient intubé ou trachéotomisé entend, comprend souvent plus qu'il ne peut le montrer, et ne peut pas répondre. On présuppose la compréhension : on se présente, on explique ce qu'on fait, on parle au patient et non de lui. On propose des moyens de répondre (serrer la main, cligner des yeux). On évite les conversations entre soignants au-dessus du lit comme s'il n'était pas là.

Prévenir le vécu traumatique

Réduire l'anxiété et les souvenirs pénibles de réanimation est un enjeu reconnu. Le rapport de l'INSERM retient un intérêt de l'hypnose dans le stress post-traumatique en général (Gueguen et al., 2015). Les données spécifiques à la réanimation restent toutefois limitées, et il faut le dire honnêtement.

Cette honnêteté fait partie de la démarche scientifique. Qu'un essai ne montre pas de différence sur son critère principal ne signifie pas que la communication est inutile ; cela signifie que l'effet est peut-être plus faible, plus variable, ou mal capté par les outils de mesure dans ce contexte. Et le fait que les infirmières elles-mêmes se sentent moins stressées n'est pas un résultat négligeable.

4.3 Gestes et soins douloureux ou anxiogènes

fiche Scénarios de soin

Certaines situations se retrouvent dans de nombreux services : pansements et réfections de pansements, sutures, ablation de drains et de sondes, sondages urinaires, ponctions artérielles et lombaires, pose de plâtre, mobilisations douloureuses. Elles partagent trois caractéristiques : elles sont prévisibles, souvent répétées, et redoutées par anticipation.

Le caractère prévisible permet de préparer : annoncer, installer une ressource avant le geste plutôt qu'au milieu. Le caractère répété permet d'ancrer : ce qui a fonctionné une fois peut être réactivé la fois suivante (voir l'anecdote du motard, section 3.4). Le caractère redouté impose de soigner particulièrement les premiers mots, car l'anticipation négative est souvent pire que le geste lui-même.

4.4 Populations particulières

L'enfant

Les enfants sont souvent d'excellents sujets : ils vivent naturellement dans l'imaginaire, passent sans effort du réel au jeu, et se laissent absorber facilement. Ils sont aussi très sensibles à l'anxiété des adultes qui les entourent, parents compris.

Les outils de prédilection sont la distraction (bulles de savon, livres animés, tablettes, jeux vidéo), le jeu, les métaphores adaptées à l'âge (super-héros, animaux, dessins animés inventés), le choix illusoire (« tu préfères le masque parfum fraise ou parfum chewing-gum ? ») et l'implication de l'enfant comme acteur (« c'est toi qui tiens le masque »).

La personne âgée

Chez la personne âgée, on adapte le rythme (plus lent), le volume (en tenant compte d'une éventuelle presbyacousie, sans pour autant crier), la simplicité des phrases et les références (les métaphores puisent dans son histoire et ses centres d'intérêt). On respecte ses repères et on évite la confusion volontaire. La communication hypnotique est particulièrement utile pour les mobilisations, la peur de chuter, l'installation au bloc et la prévention de l'agitation au réveil, en insistant sur l'orientation.

Les patients phobiques et les situations très anxiogènes

La phobie des aiguilles, fréquente et souvent cachée, la claustrophobie en IRM ou sous les champs opératoires, la peur de l'anesthésie elle-même relèvent d'une préparation particulière : repérage en consultation, lieu sûr installé à l'avance, dissociation, focalisation. Les patients ayant un antécédent de malaise vagal à la ponction bénéficient d'une installation allongée, d'une annonce aidante et d'une distraction engageante.

Les soins palliatifs

En soins palliatifs, l'hypnose et la communication thérapeutique visent le confort, l'apaisement de l'angoisse et de la douleur, et la qualité de présence. L'histoire de Joe et de ses plants de tomates (section 2.4) en est une illustration historique. On y privilégie des approches douces, permissives, centrées sur les ressources et les souvenirs agréables, dans le respect absolu des choix de la personne.

4.5 Bénéfices, limites et contre-indications

Bénéfices attendus

En synthèse, les données disponibles permettent d'attendre de l'hypnose et de la communication thérapeutique en anesthésie les bénéfices suivants :

  • une réduction de l'anxiété, qui est le bénéfice le plus constant et le plus important ;
  • une réduction de la douleur procédurale et postopératoire, généralement modérée ;
  • une diminution de la consommation de sédatifs, d'anxiolytiques et d'antalgiques (Lang et al., 2000 ; Tefikow et al., 2013 ; Holler et al., 2021) ;
  • une meilleure stabilité hémodynamique pendant les gestes (Lang et al., 2000) ;
  • des gestes facilités, parfois plus courts (Lang et al., 2000 ; Montgomery et al., 2007) ;
  • une réduction des nausées et vomissements postopératoires dans plusieurs études (Faymonville et al., 1995 ; Enqvist et al., 1997 ; Lahoud et al., 2026) ;
  • plus de confort et de satisfaction, pour les patients comme pour les soignants.

Limites et précautions

  • L'hypnose ne remplace ni l'analgésie, ni l'anesthésie, ni la surveillance : elle les complète.
  • Elle suppose le consentement et l'adhésion du patient. Un refus est respecté.
  • Elle suppose une formation adaptée du soignant et, pour l'hypnose formelle, une pratique supervisée.
  • Son efficacité est variable selon la réceptivité du patient (section 1.3), son état, le contexte et l'expérience du soignant.
  • La qualité méthodologique des études est hétérogène : il est difficile de réaliser des essais en double aveugle sur une intervention relationnelle, et les protocoles varient beaucoup.
  • Certaines situations restent mal documentées, notamment la réanimation (section 4.2).

Contre-indications et précautions

L'hypnose conversationnelle, c'est-à-dire la communication thérapeutique, n'a pratiquement pas de contre-indication : bien parler à un patient est rarement dangereux. Les précautions concernent surtout l'hypnose formelle et les techniques de dissociation profonde.

5. Des exemples

Les scripts de ce chapitre ne sont pas des textes à réciter. Un script récité d'une voix mécanique en regardant ailleurs perd l'essentiel de son effet, un peu comme une déclaration d'amour lue sur un prompteur. Ce sont des trames, à adapter au patient, au contexte et à votre propre façon de parler. Le ton, le rythme, le regard et l'observation comptent autant que les mots.

Conventions : les guillemets indiquent ce que l'on dit ; les parenthèses, les gestes et observations ; les points de suspension, des pauses, souvent calées sur l'expiration du patient.

5.1 Scénarios cliniques commentés

A. Pose de voie veineuse chez un adulte anxieux

Contexte. Monsieur R., 45 ans, arrive au bloc pour une cure de hernie inguinale. Il annonce d'emblée qu'il « déteste les aiguilles » et regarde fixement le plateau de matériel.

Techniques mobilisées. Rapport, langage positif, choix illusoire, distraction engageante, geste sur l'expiration, ratification.

Commentaire.

  • Le patient n'est pas contredit (« mais non, ce n'est rien ») : sa peur est accueillie et normalisée (« vous êtes loin d'être le seul »), puis utilisée (« c'est justement pour ça »).
  • Le choix du bras redonne du contrôle.
  • La question ouverte sur un centre d'intérêt emmène l'attention loin du plateau. Plus le récit est détaillé, plus la distraction est efficace.
  • La ponction est faite sur l'expiration, au moment où le patient est dans une image agréable (la descente, l'air frais), et l'annonce utilise le mot « fraîcheur » en continuité avec le récit.
  • La ratification (« c'est fait, vous avez très bien fait ça ») renforce l'expérience de réussite, et la conversation reprend : le geste n'a été qu'une parenthèse.

B. Rachianesthésie chez un patient assis, éveillé

Contexte. Madame D., 72 ans, doit bénéficier d'une prothèse totale de hanche sous rachianesthésie. Elle est tendue, a du mal à arrondir le dos, et demande plusieurs fois « c'est maintenant ? ».

Techniques mobilisées. Choix illusoire, pacing respiratoire, métaphore pour la position, lieu sûr, langage positif, annonce aidante.

Commentaire.

  • La présence physique devant la patiente et le contact apportent un point d'appui et de sécurité.
  • Le choix illusoire (oreiller ou genoux) donne du contrôle ; la métaphore du chat facilite la position mieux qu'une consigne technique (« fléchissez le rachis lombaire »).
  • Le lieu sûr personnalisé (le jardin) éloigne l'attention du geste qui se déroule dans le dos.
  • Les annonces de l'anesthésiste sont reformulées en langage positif.
  • La lourdeur des jambes, qui peut inquiéter, est recadrée à l'avance comme un signe de réussite.

C. Aspiration trachéale en réanimation

Contexte. Monsieur K., 58 ans, est intubé et ventilé depuis quatre jours pour une pneumopathie. La sédation est allégée ; il ouvre les yeux, répond par des mouvements de tête, et s'agite à chaque aspiration.

Techniques mobilisées. Communication avec le patient qui ne peut pas parler, annonce, relier le geste à son bénéfice, comptage, respiration, orientation.

Commentaire.

  • On présuppose la compréhension et on donne un moyen de répondre (serrer la main).
  • L'orientation (heure, lieu, sécurité) est systématique chez ce patient à risque de délirium.
  • Le geste est relié à son bénéfice : « pour que l'air passe mieux », plutôt qu'à ce qu'il a de désagréable.
  • Le comptage rend le geste prévisible et donne un repère temporel.
  • La ratification et la présence après le geste referment la séquence.

D. Anxiété avant l'induction, à l'accueil au bloc

Contexte. Madame T., 38 ans, est programmée pour une cholécystectomie sous anesthésie générale. En salle de pré-induction, sa fréquence cardiaque est à 110 et elle a les larmes aux yeux. « J'ai peur de ne pas me réveiller. »

Techniques mobilisées. Accueil de l'émotion, recadrage, lieu sûr, pacing respiratoire, suggestions positives, ancrage, suggestion post-hypnotique.

Commentaire.

  • La peur n'est pas niée. Elle est accueillie, puis recadrée : l'anesthésie, c'est une équipe qui veille en continu.
  • L'attente est occupée par une expérience agréable et personnelle, le lieu sûr décrit par la patiente elle-même.
  • L'ancrage (pouce-index) et la suggestion post-hypnotique relient la détente d'avant au réveil, en présupposant que tout se sera bien passé.

E. Réfection de pansement douloureux

Contexte. Monsieur B., 64 ans, présente une plaie de laparotomie infectée nécessitant une réfection quotidienne de pansement, redoutée dès le matin.

Techniques mobilisées. Préparation avant le geste, gant magique, dissociation, variateur de douleur, ancrage, ratification.

Commentaire.

  • La préparation se fait avant le geste, pas au milieu : il est beaucoup plus facile d'installer une ressource dans le calme que dans la douleur.
  • Le gant magique transforme la sensation ; la dissociation (« ce ventre, là ») met la zone à distance.
  • Le variateur donne au patient un moyen actif d'agir sur l'intensité.
  • La dernière phrase est une suggestion post-hypnotique qui prépare le soin du lendemain.

F. Induction au masque chez l'adulte claustrophobe

Contexte. Monsieur L., 30 ans, doit être endormi pour une chirurgie ORL. Il supporte mal le masque de préoxygénation et l'écarte à chaque tentative.

Techniques mobilisées. Contrôle rendu au patient, progression, langage positif, focalisation sur le souffle.

Commentaire.

  • Le problème du patient claustrophobe, c'est la perte de contrôle. On le lui rend littéralement : c'est lui qui tient le masque.
  • L'approche est progressive, et chaque étape réussie est ratifiée.
  • La focalisation sur le ballon transforme une contrainte subie en action maîtrisée.

G. Enfant anxieux à l'induction

Contexte. Léo, 5 ans, pour une amygdalectomie, pleure dans les bras de son père à l'entrée du bloc.

Techniques mobilisées. Accueil, jeu, choix illusoire, métaphore, distraction.

Commentaire.

  • Le choix du parfum donne du contrôle ; le masque devient un objet de jeu plutôt qu'une menace.
  • La métaphore du pilote est adaptée à l'âge et transforme la situation.
  • L'enfant est acteur (il tient le masque, il fait bouger le ballon), ce qui focalise son attention.

5.2 Aide-mémoire : quelle technique pour quelle situation ?

SituationTechniques privilégiéesFiches du recueil
Consultation d'anesthésieInformation aidante, saupoudrage, suggestions pour le jour JLangage positif, Saupoudrage
Accueil au bloc, anxiété préopératoirePacing, lieu sûr, ancrage, suggestion post-hypnotiquePacing, Lieu sûr, Ancrage, Suggestion post-hypnotique
Pose de voie veineuseLangage positif, choix illusoire, distraction, geste sur l'expirationLangage positif, Distraction, Choix illusoire
Rachianesthésie, ALRPacing respiratoire, métaphore de position, lieu sûr, choix illusoirePacing, Métaphores, Lieu sûr, Choix illusoire
Chirurgie sous ALRLieu sûr, recadrage des bruits, dissociationLieu sûr, Recadrage, Dissociation
Induction au masqueContrôle rendu, focalisation, métaphore (enfant)Focalisation, Métaphores
Réveil, SSPIOrientation, réassurance, suggestions de confort, réactivation de l'ancreAncrage, Recadrage, Langage positif
Aspiration, soin en réanimationAnnonce, bénéfice, comptage sur l'expiration, orientationLangage positif, Pacing
Pansement, drain, mobilisationPréparation, gant magique, dissociation, variateurDissociation, Distraction, Ancrage
EnfantJeu, choix illusoire, métaphores, distractionDistraction, Choix illusoire, Métaphores

5.3 Vignettes et retours d'expérience

La compétence se construit aussi par la réflexion sur sa propre pratique. Tenir un carnet de vignettes est un excellent moyen de progresser, et de constituer, avec le temps, une base de cas partagée par l'équipe.

Modèle de rédaction

  • Situation : patient (sans données identifiantes), geste, contexte.
  • Ce qui a été fait : techniques mobilisées, déroulé.
  • Résultat : ressenti du patient et du soignant, indicateurs éventuels (douleur, anxiété, durée, besoin de médicaments).
  • Ce que je garderais, ce que je changerais la prochaine fois.

Exemple de vignette (illustrative)

6. Des exercices

On n'apprend pas à nager dans un livre. On n'apprend pas davantage l'hypnose, et on apprend encore moins à changer ses habitudes de langage, qui sont parmi les plus tenaces qui soient. Après vingt ans de « ça va piquer », la phrase sort toute seule. La bonne nouvelle, c'est que la plasticité fonctionne dans les deux sens : quelques semaines d'entraînement régulier suffisent à installer de nouveaux automatismes.

Ce chapitre propose une progression en quatre temps : s'entraîner sur soi, s'entraîner à deux, simuler des situations cliniques, puis évaluer sa progression. Chaque bloc renvoie aux fiches d'exercices du recueil, qui proposent cinq exercices par technique.

6.1 Exercices individuels : s'entraîner sur soi

Pratiquer d'abord sur soi a deux avantages. On découvre de l'intérieur ce que vivront les patients, ce qui rend plus crédible et plus juste. Et on dispose d'outils utiles pour soi-même dans un métier où le stress ne manque pas.

6.2 Exercices à deux : les jeux de rôle

En binôme, on alterne les rôles de soignant et de patient. Après chaque exercice, le « patient » fait un retour bienveillant et précis : ce qui l'a aidé, ce qui l'a gêné, les mots qui ont marqué. Le « soignant » dit ce qu'il a observé. Une règle d'or : on commente le comportement, pas la personne.

6.3 Mises en situation cliniques simulées

Les jeux de rôle deviennent des simulations quand on reproduit le contexte réel : brancard, matériel, bruits, contraintes de temps. On rejoue les situations du chapitre 5 (voie veineuse, rachianesthésie, pansement, aspiration, induction au masque) avec un « patient » joué par un collègue, qui reçoit une consigne de personnage : anxieux, méfiant, douloureux, pressé, sourd, ne parlant pas la langue.

Un observateur remplit la grille suivante et anime le débriefing.

6.4 Auto-évaluation et progression

Un plan d'entraînement sur quatorze semaines

Le recueil propose quatorze fiches de techniques, chacune assortie de cinq exercices. Un rythme réaliste consiste à travailler une technique par semaine : faire ses cinq exercices, puis la tester dans une situation clinique simple, et noter le résultat dans son carnet (modèle de vignette, section 5.3).

La progression suggérée va du plus simple au plus construit :

ÉtapeSemainesTechniquesObjectif clinique
1. Communication de base1 à 3Langage positif, Pacing, Yes-setNe plus prononcer de formulations nocebo ; créer le rapport en quelques secondes
2. Attention4 et 5Focalisation, DistractionAccompagner une voie veineuse ou une prise de sang
3. Ressources6 à 8Lieu sûr, Ancrage, Suggestion post-hypnotiqueInstaller un lieu sûr en moins de trois minutes à l'accueil au bloc
4. Suggestions indirectes9 à 11Choix illusoire, Saupoudrage, Recadrage, MétaphoresIntégrer ces formulations naturellement dans la conversation de soin
5. Transe et analgésie12 à 14Dissociation, Confusion, inductions, gant magiqueAccompagner un geste douloureux, du contact au retour au calme

Repères de progression

Vous progressez quand :

  • le langage positif et la synchronisation respiratoire deviennent spontanés, y compris en situation de stress ou d'urgence ;
  • vous repérez les formulations nocebo de vos collègues (et, étape plus avancée, vous parvenez à en parler sans les vexer) ;
  • vous installez un lieu sûr en moins de trois minutes ;
  • vous accompagnez un geste simple, comme une pose de voie veineuse, de façon fluide, du premier contact jusqu'au retour au calme ;
  • vos patients vous disent « déjà ? » plus souvent qu'avant.

Conclusion

Au terme de ce parcours, revenons à l'instrument invisible de l'avant-propos : la parole. Nous avons vu qu'elle agit sur le cerveau de façon mesurable, qu'elle peut aggraver ou soulager, que ses effets ont été étudiés dans des essais randomisés et des méta-analyses, et qu'elle s'apprend comme n'importe quel geste technique.

L'hypnose médicale n'a rien de magique. Elle est l'art d'utiliser délibérément ce que chaque soignant fait déjà, souvent sans le savoir : capter l'attention, choisir ses mots, se synchroniser avec l'autre, proposer des images, rendre du contrôle. Ses pionniers opéraient sans éther ; ses héritiers travaillent avec le propofol, l'échographie et le monitorage, et c'est bien mieux ainsi. L'hypnose n'est pas l'alternative à la médecine moderne ; elle en est le complément humain.

Il reste une dernière suggestion, que l'on pourrait qualifier de post-hypnotique. La prochaine fois que vous vous approcherez d'un patient avec une aiguille à la main, et que la phrase « attention, ça va piquer » se présentera sur vos lèvres, vous pourrez remarquer, peut-être avec amusement, qu'une autre phrase est déjà disponible. Et que le patient, lui, vous dira peut-être : « Déjà ? »

Références

Les références ci-dessous correspondent aux travaux cités dans le texte. Elles ont été vérifiées sur les bases bibliographiques et les sites des éditeurs au moment de la rédaction (septembre 2026). Les ouvrages de lecture complémentaire figurent en fin de liste.

Hypnose : définition, neurophysiologie et mécanismes

  • Demertzi, A., Soddu, A., Faymonville, M.-E., Bahri, M. A., Gosseries, O., Vanhaudenhuyse, A., et al. (2011). Hypnotic modulation of resting state fMRI default mode and extrinsic network connectivity. Progress in Brain Research, 193, 309–322.
  • Elkins, G. R., Barabasz, A. F., Council, J. R., & Spiegel, D. (2015). Advancing research and practice: the revised APA Division 30 definition of hypnosis. American Journal of Clinical Hypnosis, 57(4), 378–385.
  • Faymonville, M.-E., Laureys, S., Degueldre, C., et al. (2000). Neural mechanisms of antinociceptive effects of hypnosis. Anesthesiology, 92(5), 1257–1267.
  • Hilgard, E. R. (1977). Divided Consciousness: Multiple Controls in Human Thought and Action. New York : Wiley.
  • Hofbauer, R. K., Rainville, P., Duncan, G. H., & Bushnell, M. C. (2001). Cortical representation of the sensory dimension of pain. Journal of Neurophysiology, 86(1), 402–411.
  • Jiang, H., White, M. P., Greicius, M. D., Waelde, L. C., & Spiegel, D. (2017). Brain activity and functional connectivity associated with hypnosis. Cerebral Cortex, 27(8), 4083–4093.
  • Landry, M., Lifshitz, M., & Raz, A. (2017). Brain correlates of hypnosis: a systematic review and meta-analytic exploration. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 81(Pt A), 75–98.
  • McGeown, W. J., Mazzoni, G., Venneri, A., & Kirsch, I. (2009). Hypnotic induction decreases anterior default mode activity. Consciousness and Cognition, 18(4), 848–855.
  • Melzack, R., & Wall, P. D. (1965). Pain mechanisms: a new theory. Science, 150(3699), 971–979.
  • Rainville, P., Duncan, G. H., Price, D. D., Carrier, B., & Bushnell, M. C. (1997). Pain affect encoded in human anterior cingulate but not somatosensory cortex. Science, 277(5328), 968–971.
  • Tellegen, A., & Atkinson, G. (1974). Openness to absorbing and self-altering experiences (« absorption »), a trait related to hypnotic susceptibility. Journal of Abnormal Psychology, 83(3), 268–277.
  • Thompson, T., Terhune, D. B., Oram, C., et al. (2019). The effectiveness of hypnosis for pain relief: a systematic review and meta-analysis of 85 controlled experimental trials. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 99, 298–310.
  • Vanhaudenhuyse, A., Boly, M., Balteau, E., et al. (2009). Pain and non-pain processing during hypnosis: a thulium-YAG event-related fMRI study. NeuroImage, 47(3), 1047–1054.

Communication, placebo et nocebo

  • Colloca, L., & Miller, F. G. (2011). The nocebo effect and its relevance for clinical practice. Psychosomatic Medicine, 73(7), 598–603.
  • Cyna, A. M., Andrew, M. I., & Tan, S. G. M. (2009). Communication skills for the anaesthetist. Anaesthesia, 64(6), 658–665.
  • Cyna, A. M., Andrew, M. I., Tan, S. G. M., & Smith, A. F. (dir.) (2011). Handbook of Communication in Anaesthesia and Critical Care: A Practical Guide to Exploring the Art. Oxford : Oxford University Press.
  • Dutt-Gupta, J., Bown, T., & Cyna, A. M. (2007). Effect of communication on pain during intravenous cannulation: a randomized controlled trial. British Journal of Anaesthesia, 99(6), 871–875.
  • Egbert, L. D., Battit, G. E., Welch, C. E., & Bartlett, M. K. (1964). Reduction of postoperative pain by encouragement and instruction of patients. A study of doctor-patient rapport. New England Journal of Medicine, 270(16), 825–827.
  • Hansen, E., & Zech, N. (2019). Nocebo effects and negative suggestions in daily clinical practice: forms, impact and approaches to avoid them. Frontiers in Pharmacology, 10, 77.
  • Häuser, W., Hansen, E., & Enck, P. (2012). Nocebo phenomena in medicine: their relevance in everyday clinical practice. Deutsches Ärzteblatt International, 109(26), 459–465.
  • Lang, E. V., Hatsiopoulou, O., Koch, T., et al. (2005). Can words hurt? Patient–provider interactions during invasive procedures. Pain, 114(1–2), 303–309.
  • Lang, E. V., Berbaum, K. S., Pauker, S. G., et al. (2008). Beneficial effects of hypnosis and adverse effects of empathic attention during percutaneous tumor treatment: when being nice does not suffice. Journal of Vascular and Interventional Radiology, 19(6), 897–905.
  • Levinson, B. W. (1965). States of awareness during general anaesthesia. Preliminary communication. British Journal of Anaesthesia, 37(7), 544–546.
  • Nowak, H., Zech, N., Asmussen, S., et al. (2020). Effect of therapeutic suggestions during general anaesthesia on postoperative pain and opioid use: multicentre randomised controlled trial. BMJ, 371, m4284.
  • Rosendahl, J., Koranyi, S., Jacob, D., Zech, N., & Hansen, E. (2016). Efficacy of therapeutic suggestions under general anesthesia: a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. BMC Anesthesiology, 16, 125.
  • Varelmann, D., Pancaro, C., Cappiello, E. C., & Camann, W. R. (2010). Nocebo-induced hyperalgesia during local anesthetic injection. Anesthesia & Analgesia, 110(3), 868–870.
  • Watzlawick, P., Beavin, J. H., & Jackson, D. D. (1967). Pragmatics of Human Communication. New York : Norton. Trad. fr. : Une logique de la communication, Paris : Seuil, 1972.
  • Watzlawick, P., Weakland, J., & Fisch, R. (1974). Change: Principles of Problem Formation and Problem Resolution. New York : Norton.
  • Wells, R. E., & Kaptchuk, T. J. (2012). To tell the truth, the whole truth, may do patients harm: the problem of the nocebo effect for informed consent. American Journal of Bioethics, 12(3), 22–29.

Hypnose en anesthésie, chirurgie et gestes médicaux

  • Calipel, S., Lucas-Polomeni, M.-M., Wodey, E., & Ecoffey, C. (2005). Premedication in children: hypnosis versus midazolam. Paediatric Anaesthesia, 15(4), 275–281.
  • Enqvist, B., Björklund, C., Engman, M., & Jakobsson, J. (1997). Preoperative hypnosis reduces postoperative vomiting after surgery of the breasts. A prospective, randomized and blinded study. Acta Anaesthesiologica Scandinavica, 41(8), 1028–1032.
  • Faymonville, M.-E., Fissette, J., Mambourg, P. H., et al. (1995). Hypnosis as adjunct therapy in conscious sedation for plastic surgery. Regional Anesthesia, 20(2), 145–151.
  • Holler, M., Koranyi, S., Strauss, B., & Rosendahl, J. (2021). Efficacy of hypnosis in adults undergoing surgical procedures: a meta-analytic update. Clinical Psychology Review, 85, 102001.
  • Kekecs, Z., Nagy, T., & Varga, K. (2014). The effectiveness of suggestive techniques in reducing postoperative side effects: a meta-analysis of randomized controlled trials. Anesthesia & Analgesia, 119(6), 1407–1419.
  • Lahoud, M. J., Gurary, S. T., & Elia, N. (2026). Hypnosis for anaesthetists: a systematic review and meta-analyses. Anaesthesia, 81(1), 103–115.
  • Lang, E. V., Benotsch, E. G., Fick, L. J., et al. (2000). Adjunctive non-pharmacological analgesia for invasive medical procedures: a randomised trial. The Lancet, 355(9214), 1486–1490.
  • Meurisse, M., Defechereux, T., Hamoir, E., et al. (1999). Hypnosis with conscious sedation instead of general anaesthesia? Applications in cervical endocrine surgery. Acta Chirurgica Belgica, 99(4), 151–158.
  • Montgomery, G. H., David, D., Winkel, G., Silverstein, J. H., & Bovbjerg, D. H. (2002). The effectiveness of adjunctive hypnosis with surgical patients: a meta-analysis. Anesthesia & Analgesia, 94(6), 1639–1645.
  • Montgomery, G. H., Bovbjerg, D. H., Schnur, J. B., et al. (2007). A randomized clinical trial of a brief hypnosis intervention to control side effects in breast surgery patients. Journal of the National Cancer Institute, 99(17), 1304–1312.
  • Noergaard, M. W., Håkonsen, S. J., Bjerrum, M., & Pedersen, P. U. (2019). The effectiveness of hypnotic analgesia in the management of procedural pain in minimally invasive procedures: a systematic review and meta-analysis. Journal of Clinical Nursing, 28(23–24), 4207–4224.
  • Saadat, H., Drummond-Lewis, J., Maranets, I., et al. (2006). Hypnosis reduces preoperative anxiety in adult patients. Anesthesia & Analgesia, 102(5), 1394–1396.
  • Schnur, J. B., Kafer, I., Marcus, C., & Montgomery, G. H. (2008). Hypnosis to manage distress related to medical procedures: a meta-analysis. Contemporary Hypnosis, 25(3–4), 114–128.
  • Sola, C., Devigne, J., Bringuier, S., et al. (2023). Hypnosis as an alternative to general anaesthesia for paediatric superficial surgery: a randomised controlled trial. British Journal of Anaesthesia, 130(3), 314–321.
  • Tefikow, S., Barth, J., Maichrowitz, S., Beelmann, A., Strauss, B., & Rosendahl, J. (2013). Efficacy of hypnosis in adults undergoing surgery or medical procedures: a meta-analysis of randomized controlled trials. Clinical Psychology Review, 33(5), 623–636.
  • Walter, N., Torres Leyva, M., Hinterberger, T., et al. (2025). Hypnosis as a non-pharmacological intervention for invasive medical procedures: a systematic review and meta-analytic update. Journal of Psychosomatic Research, 192, 112117.

Réanimation, pédiatrie et douleur procédurale

  • Birnie, K. A., Noel, M., Chambers, C. T., Uman, L. S., & Parker, J. A. (2018). Psychological interventions for needle-related procedural pain and distress in children and adolescents. Cochrane Database of Systematic Reviews, 10, CD005179.
  • Eccleston, C., & Crombez, G. (1999). Pain demands attention: a cognitive–affective model of the interruptive function of pain. Psychological Bulletin, 125(3), 356–366.
  • Ewin, D. M. (1986). Emergency room hypnosis for the burned patient. American Journal of Clinical Hypnosis, 29(1), 7–12.
  • Hoffman, H. G., Chambers, G. T., Meyer, W. J., et al. (2011). Virtual reality as an adjunctive non-pharmacologic analgesic for acute burn pain during medical procedures. Annals of Behavioral Medicine, 41(2), 183–191.
  • Maamar, A., Faleur, C., Pedrono, K., et al. (2025). Hypnosis for unplanned procedural pain in the intensive care unit: the HYPIC randomized clinical trial. Critical Care, 29, 312.
  • Manyande, A., Cyna, A. M., Yip, P., Chooi, C., & Middleton, P. (2015). Non-pharmacological interventions for assisting the induction of anaesthesia in children. Cochrane Database of Systematic Reviews, 7, CD006447.
  • Rousseaux, F., Dardenne, N., Massion, P. B., et al. (2022). Virtual reality and hypnosis for anxiety and pain management in intensive care units: a prospective randomised trial among cardiac surgery patients. European Journal of Anaesthesiology, 39(1), 58–66.

Techniques : suggestion, ressources et psychologie cognitive

  • Bandler, R., & Grinder, J. (1979). Frogs into Princes: Neuro-Linguistic Programming. Moab : Real People Press.
  • Bateson, G., Jackson, D. D., Haley, J., & Weakland, J. (1956). Toward a theory of schizophrenia. Behavioral Science, 1(4), 251–264.
  • Benson, H., & Klipper, M. Z. (1975). The Relaxation Response. New York : William Morrow.
  • Chartrand, T. L., & Bargh, J. A. (1999). The chameleon effect: the perception–behavior link and social interaction. Journal of Personality and Social Psychology, 76(6), 893–910.
  • Cialdini, R. B. (2021). Influence: The Psychology of Persuasion (éd. révisée). New York : Harper Business.
  • Erickson, M. H. (1964). The confusion technique in hypnosis. American Journal of Clinical Hypnosis, 6(3), 183–207.
  • Erickson, M. H. (1966). The interspersal hypnotic technique for symptom correction and pain control. American Journal of Clinical Hypnosis, 8(3), 198–209.
  • Erickson, M. H., & Erickson, E. M. (1941). Concerning the nature and character of post-hypnotic behavior. Journal of General Psychology, 24, 95–133.
  • Erickson, M. H., & Rossi, E. L. (1975). Varieties of double bind. American Journal of Clinical Hypnosis, 17(3), 143–157.
  • Erickson, M. H., Rossi, E. L., & Rossi, S. I. (1976). Hypnotic Realities: The Induction of Clinical Hypnosis and Forms of Indirect Suggestion. New York : Irvington.
  • Erickson, M. H., & Rossi, E. L. (1979). Hypnotherapy: An Exploratory Casebook. New York : Irvington.
  • Freedman, J. L., & Fraser, S. C. (1966). Compliance without pressure: the foot-in-the-door technique. Journal of Personality and Social Psychology, 4(2), 195–202.
  • Gordon, D. (1978). Therapeutic Metaphors: Helping Others Through the Looking Glass. Cupertino : Meta Publications.
  • Gross, J. J. (1998). The emerging field of emotion regulation: an integrative review. Review of General Psychology, 2(3), 271–299.
  • Lakoff, G., & Johnson, M. (1980). Metaphors We Live By. Chicago : University of Chicago Press.
  • Pavlov, I. P. (1927). Conditioned Reflexes. Oxford : Oxford University Press.
  • Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy (3e éd.). New York : Guilford Press.
  • Tickle-Degnen, L., & Rosenthal, R. (1990). The nature of rapport and its nonverbal correlates. Psychological Inquiry, 1(4), 285–293.
  • Tulving, E., & Schacter, D. L. (1990). Priming and human memory systems. Science, 247(4940), 301–306.
  • Wegner, D. M., Schneider, D. J., Carter, S. R., & White, T. L. (1987). Paradoxical effects of thought suppression. Journal of Personality and Social Psychology, 53(1), 5–13.
  • Wegner, D. M. (1994). Ironic processes of mental control. Psychological Review, 101(1), 34–52.
  • Zeig, J. K. (1990). Seeding. In J. K. Zeig & S. G. Gilligan (dir.), Brief Therapy: Myths, Methods, and Metaphors. New York : Brunner/Mazel.

Sources historiques

  • Bernheim, H. (1884). De la suggestion dans l'état hypnotique et dans l'état de veille. Paris : Doin.
  • Braid, J. (1843). Neurypnology, or The Rationale of Nervous Sleep. Londres : John Churchill.
  • Esdaile, J. (1846). Mesmerism in India, and its Practical Application in Surgery and Medicine. Londres : Longman, Brown, Green and Longmans.
  • Wobst, A. H. K. (2007). Hypnosis and surgery: past, present, and future. Anesthesia & Analgesia, 104(5), 1199–1208.

Rapports et positions institutionnelles

  • Gueguen, J., Barry, C., Hassler, C., & Falissard, B. (2015). Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'hypnose. Paris : Inserm (U1178).
  • Société française d'anesthésie et de réanimation (SFAR). L'utilisation de l'hypnose par les anesthésistes-réanimateurs. Prise de position, sfar.org.

Pour aller plus loin

  • Bioy, A. (2017). 15 pratiques en hypnose médicale et hypnoanalgésie. Paris : Dunod.
  • Häuser, W., Hagl, M., Schmierer, A., & Hansen, E. (2016). The efficacy, safety and applications of medical hypnosis. Deutsches Ärzteblatt International, 113(17), 289–296.
  • Kekecs, Z., & Varga, K. (2013). Positive suggestion techniques in somatic medicine: a review of the empirical studies. Interventional Medicine and Applied Science, 5(3), 101–111.
  • Lang, E. V., & Laser, E. (2011). Patient Sedation Without Medication: Rapid Rapport and Quick Hypnotic Techniques. Auto-édition.
  • Patterson, D. R., & Jensen, M. P. (2003). Hypnosis and clinical pain. Psychological Bulletin, 129(4), 495–521.
  • Spiegel, H., & Spiegel, D. (2004). Trance and Treatment: Clinical Uses of Hypnosis (2e éd.). Washington : American Psychiatric Publishing.
  • Vanhaudenhuyse, A., Laureys, S., & Faymonville, M.-E. (2014). Neurophysiology of hypnosis. Neurophysiologie Clinique, 44(4), 343–353.
  • Virot, C., & Bernard, F. (2010). Hypnose, douleurs aiguës et anesthésie. Paris : Arnette.
  • Recueil interne « Mes débuts en hypnose » : quatorze fiches de techniques, chacune assortie de cinq exercices.