COURS · COMMUNICATION ET HYPNOSE MÉDICALE
Communication et hypnose en anesthésie et en réanimation
Des bases de la communication aux techniques hypnotiques au lit du patient
Dr Marco Klop · anesthésiste-réanimateur
Pour les médecins et infirmiers en anesthésie-réanimation et les étudiants en médecine · Luxembourg 2026
PROGRAMME
Deux parties, un même fil
PARTIE 1 · COMMUNICATION
On ne peut pas ne pas communiquer
Émetteur, récepteur et feedback
L'importance des mots
Le non-verbal et la proxémie
Relation thérapeutique : courtoisie, professionnalisme, respect
La culture de l'échec
PARTIE 2 · HYPNOSE EN ANESTHÉSIE-RÉANIMATION
Les bases de l'hypnose
Le pouvoir des mots : placebo et nocebo
Un peu d'histoire
Les techniques rapides
Situations cliniques et niveau de preuve
Scénarios, entraînement, limites
PARTIE 1
Communication
Émetteur, récepteur, feedback, mots, non-verbal et relation thérapeutique
COMMUNICATION
On ne peut pas ne pas communiquer
PREMIER AXIOME DE PALO ALTO
Tout ce que nous faisons est communication.
Tout ce que nous ne faisons pas est communication.
Watzlawick P, Beavin JH, Jackson DD. Une logique de la communication. Paris : Seuil, 1972 (éd. originale 1967).

COMMUNICATION
Il faut au moins un émetteur et un récepteur

Pour que la communication existe, il faut au moins un émetteur et un récepteur.
COMMUNICATION
Dix occasions de se tromper
É
R
Ce que je pense,
ce que je veux dire,
ce que je crois dire,
ce que je dis,
ce que vous avez envie d'entendre, ce que vous croyez entendre, ce que vous entendez,
ce que vous avez envie de comprendre, ce que vous croyez comprendre, ce que vous comprenez…
BERNARD WERBER
Il y a dix possibilités qu'on ait des difficultés à communiquer.
Mais essayons quand même…
Encyclopédie du savoir relatif et absolu
É : émetteur · R : récepteur
COMMUNICATION
Ce qui compte, c'est ce qui est compris
«
La qualité de notre communication est déterminée non par la manière dont nous disons les choses, mais par la manière dont elles sont comprises.
Andrew Grove, cofondateur d'Intel
COMMUNICATION
Le plus compliqué, c'est le récepteur
«
Dans la communication, le plus compliqué n'est ni le message, ni la technique, mais le récepteur.
Dominique Wolton, sociologue, directeur de recherche au CNRS
PARTIE 1 · COMMUNICATION
Influences sur le récepteur
Comment faire pour que mon message soit compris ?
PARTIE 1 · COMMUNICATION
Le feedback
Regarder ce qui se passe pour pouvoir réagir
LE FEEDBACK
Feedback : un retour pour ajuster l'action
DÉFINITION
Retour de communication permettant de modifier une action.
Notion formulée par Norbert Wiener, père de la cybernétique.

LE FEEDBACK
Importance du feedback
Le feedback informe sur :
soi-même
l'environnement, par exemple la personne en face
la réaction à notre action
Il permet d'adapter notre action et notre réaction.
Émetteur
Récepteur
Message initial
Feedback
Ajustement du message
LE FEEDBACK
Ce que nous émettons, ce qui est reçu
CE QUE NOUS ÉMETTONS
Nos paroles
ce que nous disons
comment nous le disons
Notre comportement
ce que nous faisons
comment nous le faisons
pourquoi nous le faisons
CE QUI EST REÇU
Comment c'est perçu
Comment c'est compris
Le feedback nous renseigne sur l'écart entre les deux colonnes.
LE FEEDBACK
La roue de Deming : planifier, faire, vérifier, ajuster

L'IMPORTANCE DES MOTS
Les mots sont-ils vraiment importants ?
| Canal | Mehrabian | Burgoon et al. |
|---|---|---|
| Mots (verbal) | 7 % | 53 % |
| Voix (para-verbal) | 38 % | 15 % |
| Langage corporel (non-verbal) | 55 % | 32 % |
PRUDENCE D'INTERPRÉTATION
Les chiffres de Mehrabian portent sur l'expression de sentiments ambigus ou contradictoires, pas sur toute communication.
Les mots comptent, surtout quand le corps et la voix vont dans le même sens.
Mehrabian A, Wiener M. Decoding of inconsistent communications. J Pers Soc Psychol 1967;6(1):109–14.
Mehrabian A, Ferris SR. Inference of attitudes from nonverbal communication in two channels. J Consult Psychol 1967;31(3):248–52.
Burgoon JK, Buller DB, Woodall WG. Nonverbal Communication. McGraw-Hill, 1996, p. 136–137.
PARTIE 1 · COMMUNICATION
L'importance des mots
Les mots créent des images, des émotions et des réactions
L'IMPORTANCE DES MOTS
À retenir : les mots et les images
Quand vous employez les mots dans un sens qu'ils n'ont pas, les gens qui vous écoutent leur donnent le sens qu'ils veulent.
Il en va de même pour les mots vagues ou imprécis.

L'IMPORTANCE DES MOTS
Réaction du cerveau aux mots
Le cerveau traite mal les négations.
« pas mal » ➜ on entend mal
« Je ne veux pas dire que tu es un imbécile ! »
Le « non » est mal accepté, quelle que soit la demande.

L'IMPORTANCE DES MOTS
À retenir aussi
Les mots ont un pouvoir qui peut être aussi bénéfique que désastreux.
À nous de nous en méfier et d'en faire le meilleur usage possible.

L'IMPORTANCE DES MOTS
Les mots lancés
«
Les mots sont comme des oiseaux sauvages, qu'on ne rattrape jamais une fois lancés.
Jean Simard
L'IMPORTANCE DES MOTS
Communication stratégique
Éviter les négations
Nommer ce que l'on veut obtenir plutôt que ce que l'on veut éviter.
Mots clairs et simples
Pas de jargon, pas de mots vagues : le patient doit comprendre du premier coup.
Être affirmatif
Des phrases assurées et positives, qui présupposent que tout va bien se passer.
Être à l'écoute
Observer le feedback, verbal et non verbal, pour ajuster le message.
L'IMPORTANCE DES MOTS
Quelques petits trucs
« Yes-set »
Enchaîner des évidences qui appellent un « oui » avant la suggestion.
Choix illusoire
Deux options qui mènent au même but : le patient choisit le comment.
« Coping »
Soutenir les efforts du patient pour faire face à ce qui le menace ou le dépasse.
Saupoudrage
Semer des mots-clés dans la conversation, puis les récolter au moment utile.
PARTIE 1 · COMMUNICATION
Revenons au non-verbal
Distance, regard, gestes, assurance
NON-VERBAL
Proxémie : la distance dit le degré d'intimité
| Zone | Distance et usage |
|---|---|
| Très intime | Contact physique |
| Intime | 15–45 cm · contact possible, voix normale ou chuchotée |
| Personnelle proche | 45–75 cm |
| Personnelle éloignée | 75–120 cm · à longueur de bras |
| Sociale | 120–210 cm · relation de « small talk » |
| Sociale éloignée | 210–360 cm · observation, méfiance |
| Publique | 3,6–7,5 m |

NOTION D'ESPACE VITAL
Au bloc, nous entrons sans cesse dans l'espace intime du patient : annoncer et demander avant de toucher.
Hall ET. The Hidden Dimension. New York : Doubleday, 1966.
NON-VERBAL
Proxémie : l'espace vital

Hall ET. The Hidden Dimension. New York : Doubleday, 1966.
NON-VERBAL
La communication non verbale
Être convaincu
Soyez convaincu de ce que vous dites et de ce que vous faites ; pensez ce que vous dites.
Avoir de l'assurance
Une assurance tranquille dans les gestes et dans la voix.
Garder le contact visuel
Le regard installe le lien et permet de lire le feedback.
Respecter l'intimité
Tenir compte de l'espace vital de votre interlocuteur.
RELATION THÉRAPEUTIQUE
La relation thérapeutique
Climat de confiance
Créer dès le premier contact un climat de sécurité et de confiance.
Empathie
Montrer que l'on comprend ce que vit le patient, sans s'y noyer.
Comprendre les craintes
Explorer ce qui inquiète réellement le patient, souvent autre chose que ce que l'on imagine.
Informer et conseiller
Une information claire, utile et formulée de façon aidante.
RELATION THÉRAPEUTIQUE
Trois attitudes fondamentales
Congruence
S'adapter à l'autre, en restant authentique.
Considération positive inconditionnelle
Accepter le patient tel qu'il est, quel que soit son niveau social ou son histoire.
Compréhension empathique
Comprendre le monde du patient de l'intérieur, sans préjugés.
RELATION THÉRAPEUTIQUE
L'effet Pygmalion : une prophétie auto-réalisatrice

RELATION THÉRAPEUTIQUE
Toute l'importance des trois canaux
Verbal : les mots choisis
Para-verbal : la voix, le ton, le rythme
Non-verbal : le corps, le regard, la distance

RELATION THÉRAPEUTIQUE
C · P · R
C
Courtesy
Courtoisie, amabilité
P
Professionalism
Professionnalisme
R
Respect
Respect

RELATION THÉRAPEUTIQUE
Courtesy : amabilité, sympathie
Savoir-vivre
Gentillesse
Sourire, adapté à la situation
Empathie
BIENVEILLANCE

RELATION THÉRAPEUTIQUE
Professionnalisme (1)
Connaissances
Savoir-faire
Honnêteté
« Primum non nocere »

RELATION THÉRAPEUTIQUE
Professionnalisme (2)
Savoir-faire
Obligations : de moyens et d'information
Informer clairement, de façon compréhensible et simple
Rester humble

RELATION THÉRAPEUTIQUE
Respect
«
Sentiment de considération envers quelqu'un, et qui porte à le traiter avec des égards particuliers.
Définition du dictionnaire Larousse
RELATION THÉRAPEUTIQUE
Le respect
D'abord se respecter soi-même
Chacun a droit au respect
Le respect se gagne : comportement, savoir-faire
Il n'est pas fourni avec le titre ou le poste
Attitude et comportement

CULTURE DE L'ÉCHEC
L'échec
« L'erreur est humaine »
Rater ➜ faire différemment la prochaine fois
Importance de l'enseignement du feedback
Enseigner « l'échec »

CULTURE DE L'ÉCHEC
La culture de l'échec
POUR PROGRESSER
Apprendre de ses erreurs
Apprendre des erreurs des autres
Rester humble !

PARTIE 2
Hypnose en anesthésie et en réanimation
Communication thérapeutique, techniques rapides et situations cliniques
INTRODUCTION
L'instrument que personne ne stérilise
Utilisé des centaines de fois par jour, par chaque membre de l'équipe, sur chaque patient.
Nous apprenons la pharmacologie du propofol au microgramme près… et presque rien de la pharmacologie des mots.
Une phrase comme « attention, ça va brûler » modifie la douleur de façon mesurable, dans le mauvais sens.
La parole : un geste technique qui s'apprend
SOMMAIRE
Le parcours de la séance
01
Les bases
02
Le pouvoir des mots
03
Un peu d'histoire
04
Les techniques rapides
05
Situations et preuves
06
Trois scénarios
07
S'entraîner
08
Limites et prudence
01 · LES BASES
Qu'est-ce que l'hypnose ?
DÉFINITION DE RÉFÉRENCE · APA DIVISION 30 (ELKINS ET AL., 2015)
Un état de conscience associant une attention focalisée, une conscience réduite de l'environnement et une capacité accrue à répondre à la suggestion.
Attention focalisée
L'esprit se concentre sur un point : une sensation, une image, la respiration, la voix du soignant. On passe du plafonnier à la lampe frontale.
Périphérie estompée
Les bruits du bloc, le bip du scope, les conversations continuent d'exister, mais passent au second plan.
Réceptivité accrue
Les propositions sont accueillies avec moins de filtrage critique. Le patient garde son jugement, il accepte de « jouer le jeu ».
01 · LES BASES
Ce que l'hypnose n'est pas
Pas du sommeil
Braid a tiré le mot du grec hypnos en 1843, puis a regretté ce choix : ses sujets étaient bien éveillés. Le patient entend, parle, peut ouvrir les yeux.
Pas une perte de contrôle
Personne ne fait sous hypnose ce qui heurte ses valeurs. Sinon, les directions l'utiliseraient pour faire accepter les plannings de garde.
Pas un pouvoir du soignant
Le soignant propose, le patient fait le travail. Toute hypnose est, au fond, une auto-hypnose guidée.
Un phénomène ordinaire
Arriver au travail sans souvenir des derniers kilomètres : c'est la « transe de l'autoroute ». Nous en vivons plusieurs par jour.
01 · LES BASES
Ce que montre le cerveau
Réseau du mode par défaut : activité diminuée sous hypnose (McGeown 2009 ; Jiang 2017).
Rainville, Science 1997 : suggérer qu'une douleur devient plus ou moins désagréable modifie l'activité du cortex cingulaire antérieur, sans changer l'intensité.
L'hypnose agit particulièrement sur la souffrance, pas seulement sur le signal.
CE QUE DIT LA SCIENCE · THOMPSON ET AL., 2019
85 essais contrôlés, douleur expérimentale
42 %
de douleur en moins chez les personnes très réceptives
29 %
chez les personnes moyennement réceptives
Effet faible chez les peu réceptives : l'effet est réel, et il dépend du patient.
01 · LES BASES
Le vocabulaire utile
COMMUNICATION THÉRAPEUTIQUE
Les leviers de l'hypnose intégrés à la parole de soin, sans induction formelle.
C'est le cœur de la relation thérapeutique, tant médicale que soignante.
HYPNOANALGÉSIE
L'hypnose au service de la douleur d'un geste ou d'un soin.
Pose de voie veineuse, pansement, ponction, mobilisation.
HYPNOSÉDATION
Hypnose + sédation IV légère + anesthésie locale ou locorégionale.
Développée à Liège dès 1992. C'est une démarche médicale, conduite par l'anesthésiste-réanimateur avec l'infirmier anesthésiste.
02 · LE POUVOIR DES MOTS
Même aiguille, autres mots
Avant une péridurale ou une rachianesthésie, l'injection d'anesthésique local est annoncée de deux façons (Varelmann et al., 2010).
ANNONCE A
« Vous allez sentir une grosse piqûre, comme une brûlure. »
ANNONCE B
« Nous allons injecter un produit qui va engourdir la zone, pour votre confort. »
02 · LE POUVOIR DES MOTS
Quand la gentillesse ne suffit pas
Lang 2005 : les mises en garde négatives (« ça va piquer ») et même la compassion formulée négativement (« je sais que c'est horrible ») augmentent douleur ou anxiété.
Lang 2008 : une empathie centrée sur la détresse s'accompagne de plus d'événements indésirables.
À RETENIR
L'empathie reste indispensable. Elle gagne à regarder vers les ressources plutôt que vers la menace.
Ne pensez pas à un éléphant rose… trop tard : nommez ce que vous voulez obtenir.
02 · LE POUVOIR DES MOTS
Plutôt éviter, plutôt dire
| Plutôt éviter | Plutôt dire |
|---|---|
| « Ça va piquer. » | « Vous allez sentir un contact, peut-être une fraîcheur. » |
| « Ne bougez pas. » | « Restez bien immobile, exactement comme ça. » |
| « N'ayez pas peur. » | « Vous pouvez rester tranquille, on s'occupe de tout. » |
| « Vous avez mal ? » | « Comment est votre confort, là, maintenant ? » |
| « Vous risquez d'avoir des nausées. » | « On a déjà donné ce qu'il faut pour que votre estomac reste tranquille ; dites-le-nous si besoin. » |
La question clé avant de parler : quel effet est-ce que je veux obtenir chez le patient ?
02 · LE POUVOIR DES MOTS
Informer sans nuire
INFORMER SANS NUIRE
Le langage positif n'est pas un mensonge.
Geste douloureux : « vous allez peut-être sentir quelque chose de fort, ça passe vite, on respire ensemble ».
Wells et Kaptchuk (2012) : un consentement qui informe de l'utile et de ce qui est fait pour protéger le patient.
ANECDOTE · LEVINSON, 1965
Au-dessus de 10 patients profondément anesthésiés, on lit un faux scénario de crise : « les lèvres sont trop bleues ».
Un mois plus tard, sous hypnose : 4 restituent les paroles, 4 deviennent anxieux au moment clé.
Suggestions positives au casque pendant l'AG : environ un tiers d'opioïdes en moins (Nowak, BMJ 2020).
03 · HISTOIRE
De Mesmer au bloc opératoire
1784
Commission royale
Franklin, Lavoisier : pas de fluide, mais la force de l'imagination.
1829
Cloquet
Mastectomie chez une patiente « magnétisée ».
1843
Braid
Invente le mot « hypnotisme ».
1846
Esdaile et l'éther
Opérations sous transe en Inde ; l'éther triomphe.
1880s
École de Nancy
La suggestion concerne des sujets sains.
XXᵉ s.
Erickson
Une hypnose souple, permissive, indirecte.
1992
Liège
Faymonville développe l'hypnosédation.
ANECDOTE · L'ARBRE MAGNÉTISÉ DE PASSY
Un jeune homme aux yeux bandés s'effondre… devant un arbre qui n'avait pas été magnétisé. Un des premiers essais en aveugle de l'histoire.
03 · HISTOIRE
L'arbre de Passy : suggérer sans rien dire
CE QU'ON A « DIT » À L'ENFANT
Une présupposition : un des arbres est magnétisé, vous allez le rencontrer. La question n'est plus si, mais quand.
Un conditionnement : il avait déjà vécu des crises autour du baquet.
Un rituel d'induction : bandeau, silence, mains sur le tronc, durée imposée.
Un crescendo d'attente : sueurs, toux, étourdissements, puis la crise au quatrième arbre.
Une figure d'autorité présente et convaincue.
LE MÊME CADRE, AU BLOC
Autorité : la blouse, le nom, le ton assuré.
Attente installée : « ça va piquer un peu ».
Focalisation : la douleur, le moniteur, le plafond.
Hypervigilance : patient anxieux, dénudé, allongé.
Réponse : douleur majorée, tachycardie, panique.
Le message efficace n'est pas dans la phrase : il est dans le cadre.
04 · TECHNIQUES
L'essai qui change la perspective (Lang, Lancet 2000)
241 adultes, radiologie interventionnelle sous anesthésie locale, tirés au sort :
Soins habituels · 79
Prise en charge standard, sans consigne de communication.
Attention structurée · 80
Soignant dédié, attentif, langage neutre ou positif, sans hypnose.
Autohypnose guidée · 82
Même présence + court script d'induction et de confort.
| Résultat | Habituels | Attention | Hypnose |
|---|---|---|---|
| Médicaments (unités) | 1,9 | 0,8 | 0,9 |
| Douleur au fil du geste | augmente | augmente | stable |
| Instabilité hémodynamique | 12 | 10 | 1 |
| Durée du geste | 78 min | 67 min | 61 min |
CE QU'IL FAUT EN RETENIR
La présence attentive avec des mots choisis divise par deux les médicaments. L'hypnose ajoute la stabilité et 17 minutes de gagnées.
04 · TECHNIQUES DE BASE
Parler, se synchroniser, enchaîner les « oui »
Langage positif
Nommer la solution, pas le problème. Éviter négations, diminutifs et mots alarmants.
« Vous pouvez laisser vos épaules se poser. »
Pacing et leading
Se caler sur la respiration et le débit du patient, puis ralentir : il suit. Parler et agir sur l'expiration.
« Vous entendez le moniteur… et l'air peut ressortir tranquillement. »
Yes-set
Enchaîner des évidences vérifiables avant la suggestion : l'élan d'acceptation la porte.
« Vous êtes installé, vous sentez le matelas… et vous pouvez ralentir. »
04 · CAPTER L'ATTENTION
Focaliser ou distraire
Focalisation
Rassembler l'attention sur une cible unique (souffle, point, voix) pour rétrécir le champ de conscience. Idéal pour installer le calme.
« Juste l'air qui entre, un peu frais… et qui ressort, un peu tiède. »
Distraction
Déplacer l'attention vers un récit ou une tâche. Plus c'est absorbant, plus ça marche. « Pensez à autre chose » ne marche presque jamais.
« Racontez-moi votre plus belle randonnée… on part d'où ? »
04 · INSTALLER DES RESSOURCES
Lieu sûr, ancrage, dissociation
Lieu sûr
Un refuge intérieur, décrit par le patient lui-même, avec tous les sens.
« Qu'est-ce qu'on voit, là-bas ? Et qu'est-ce qu'on entend ? »
Ancrage
Relier un état de calme à un geste précis, posé au pic de l'émotion, puis le réactiver plus tard.
« Joignez le pouce et l'index : ce calme pourra revenir. »
Dissociation
Mettre une partie du corps ou l'expérience à distance. Toujours réassocier ensuite.
« Cette jambe, là-bas, peut faire son travail toute seule. »
04 · SUGGESTIONS INDIRECTES
Proposer sans imposer
Choix illusoire
Deux options qui mènent au même but : le patient choisit le comment et retrouve du contrôle.
« Bras droit ou bras gauche ? »
Saupoudrage
Semer tôt des mots-clés dans la conversation, les récolter au moment de la suggestion.
« Confortable… tranquillement… au chaud… puis : ce confort s'installe. »
Métaphores
Une image tirée du monde du patient, dont la structure ressemble à sa situation.
« Arrondissez le dos comme un chat qui s'étire au soleil. »
Recadrage
Même fait, autre sens, autre émotion. Jamais pour nier ce que vit le patient.
« Cette lourdeur dans les jambes, c'est le signe que la rachi fonctionne. »
04 · OUTILS AVANCÉS ET HYPNOANALGÉSIE
Confusion, suggestion post-hypnotique, gant magique
Confusion
Dérouter brièvement l'esprit analytique, puis offrir une consigne claire. À éviter chez le patient confus.
« Droite ou gauche, avant ou après… vous pouvez simplement fermer les yeux. »
Suggestion post-hypnotique
« Quand… alors… » : posée maintenant, déclenchée plus tard par un signal naturel.
« Quand vous ouvrirez les yeux en salle de réveil, vous serez surpris de votre calme. »
HYPNOANALGÉSIE · LE GANT MAGIQUE
Fraîcheur engourdissante installée dans une main (neige, gant épais) → vérifiée → transférée sur la zone du soin. Chez l'enfant : un variateur de douleur, un bouclier de super-héros.
04 · EN PRATIQUE
Boîte à outils express : 2 à 3 minutes
1
Contact
Se présenter, appeler le patient par son nom, le couvrir.
2
Synchronisation
Observer sa respiration, s'y caler, puis ralentir.
3
Annonce positive
Dire ce qui va se passer et ce que le patient peut faire.
4
Point d'attention
Souffle, lieu sûr ou récit.
5
Confort
Une ou deux suggestions ; geste sur l'expiration.
6
Refermer
« C'est fait, vous avez très bien fait ça. » Vérifier confort et orientation.
05 · SITUATIONS CLINIQUES
Le bon outil, au bon moment
| Moment | Outils privilégiés | Ce que disent les données |
|---|---|---|
| Accueil au bloc | Pacing, lieu sûr, ancrage | Anxiété −56 % après hypnose, +10 % chez les témoins (Saadat 2006) |
| VVP, rachi, ALR | Langage positif, choix illusoire, métaphore | L'annonce modifie la douleur de l'injection (Varelmann 2010) |
| Hypnosédation | Hypnose + sédation légère + AL | Thyroïdectomies : 98,5 % de succès (Meurisse 1999) |
| Réveil, SSPI | Orientation, confort, ancre | Moins d'anxiété et de douleur postopératoires (Kekecs 2014) |
| Enfant, induction | Jeu, choix, métaphores | Anxieux : 39 % sous hypnose vs 68 % sous midazolam (Calipel 2005) |
| Réanimation | Annonce, comptage, orientation, voix | Données contrastées : anxiété réduite, douleur inchangée (HYPIC 2025) |
05 · NIVEAU DE PREUVE
Ce que disent les méta-analyses
50
essais randomisés chez l'adulte opéré (Holler 2021)
142
études, plus de 9 000 patients (Lahoud 2026)
N° 1
bénéfice constant : la réduction de l'anxiété
SYNTHÈSE
Effets démontrés sur la détresse, la douleur, la consommation de médicaments, la récupération et la durée des gestes.
Réduction de l'anxiété, de la douleur et des nausées-vomissements ; qualité des essais encore à améliorer.
Réduire l'anxiété, c'est déjà réduire la douleur.
06 · SCÉNARIO 1
Voie veineuse et peur des aiguilles
Contexte · Homme de 45 ans, cure de hernie inguinale, regard fixé sur le plateau.
SCRIPT
« Vous n'êtes pas le seul, et c'est justement pour ça qu'on va faire ça tranquillement. Bras droit ou bras gauche ? »
« Pendant que je prépare : c'est quoi, votre parcours de vélo préféré ? On part d'où ? »
(Sur une expiration, pendant qu'il décrit la descente)
« … et là, l'air frais… juste une petite fraîcheur sur le bras… C'est fait, vous avez très bien fait ça. »
POURQUOI ÇA MARCHE
La peur est accueillie puis utilisée
Le choix rend du contrôle
Le récit absorbe l'attention
« Fraîcheur » prolonge l'image
Ponction sur l'expiration, puis ratification
06 · SCÉNARIO 2
Rachianesthésie chez une patiente tendue
Contexte · Femme de 72 ans, prothèse de hanche ; peine à arrondir le dos, demande « c'est maintenant ? ».
SCRIPT
« Je reste devant vous. Vous préférez tenir l'oreiller ou poser les mains sur les genoux ? »
« On respire ensemble… et quand l'air ressort, le dos s'arrondit, comme un chat qui s'étire au soleil. Qu'est-ce qui est en fleurs dans votre jardin ? »
« Le docteur endort la peau : un contact, peut-être une fraîcheur… Restez exactement comme ça, c'est parfait. »
« Vos jambes vont devenir chaudes puis lourdes : c'est le signe que tout fonctionne. »
POURQUOI ÇA MARCHE
Présence physique devant la patiente
Choix illusoire pour la position
Métaphore plutôt que consigne technique
Lieu sûr personnel : le jardin
Recadrage anticipé de la lourdeur
06 · SCÉNARIO 3
Aspiration trachéale chez un patient intubé, conscient
Contexte · Homme de 58 ans, ventilé depuis 4 jours, sédation allégée, s'agite à chaque aspiration.
SCRIPT
« Monsieur K., c'est Marc, l'infirmier. Il est dix heures, vous êtes en réanimation, tout est sous contrôle. »
« Je vais dégager vos bronches pour que l'air passe mieux. Si vous m'entendez, serrez-moi la main. »
« On le fait ensemble : un… deux… trois… »
« Voilà, l'air passe mieux. Vous avez très bien fait ça. Je reste un moment. »
POURQUOI ÇA MARCHE
On présuppose la compréhension
Orientation : lieu, heure, sécurité
Geste relié à son bénéfice
Le comptage rend le geste prévisible
La présence referme la séquence
07 · S'ENTRAÎNER
Une technique par semaine, pendant 14 semaines
| Semaines | Étape | Techniques | Objectif clinique |
|---|---|---|---|
| 1–3 | Communication de base | Langage positif, pacing, yes-set | Zéro formulation nocebo ; rapport en quelques secondes |
| 4–5 | Attention | Focalisation, distraction | Accompagner une voie veineuse |
| 6–8 | Ressources | Lieu sûr, ancrage, post-hypnotique | Lieu sûr installé en moins de 3 minutes |
| 9–11 | Suggestions indirectes | Choix illusoire, saupoudrage, recadrage, métaphores | Formulations naturelles dans la conversation de soin |
| 12–14 | Transe et analgésie | Dissociation, confusion, inductions, gant magique | Geste douloureux accompagné du contact au calme |
Pour chaque technique : les 5 exercices du recueil, un essai clinique simple, une vignette dans un carnet.
07 · S'ENTRAÎNER
L'exercice du premier jour
LA CHASSE AUX PHRASES NOCEBO
Pendant une journée, notez chaque phrase négative entendue ou prononcée au bloc.
Le soir, reformulez-les toutes en vous demandant : quel effet est-ce que je veux obtenir chez le patient ?
Attendez-vous à être surpris par le nombre.
« Déjà ? »
le meilleur indicateur de progrès
08 · LIMITES ET PRUDENCE
Un complément, jamais un substitut
Complément
L'hypnose accompagne analgésie, anesthésie et surveillance. Un patient en transe reste monitoré.
Consentement
Un refus est respecté sans négociation.
Champ de compétence
Communication thérapeutique pour tous ; hypnosédation = démarche médicale ; hypnothérapie hors cadre.
PRUDENCE AVANT TOUTE HYPNOSE FORMELLE
Troubles psychotiques aigus ou non stabilisés
Épisode maniaque
Troubles dissociatifs ; antécédents traumatiques connus
Délirium : privilégier l'orientation, éviter la confusion
Avis médical, si besoin psychiatrique, au préalable. Toujours refermer la séquence ; en cas d'émotion inattendue, revenir au présent, à la voix et à la respiration.
RÉFÉRENCES
Références clés
Birnie KA et al. Cochrane Database Syst Rev 2018;CD005179
Calipel S et al. Paediatr Anaesth 2005;15:275–81
Egbert LD et al. N Engl J Med 1964;270:825–7
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Une dernière suggestion
La prochaine fois que « attention, ça va piquer » se présentera sur vos lèvres, vous remarquerez qu'une autre phrase est déjà disponible.
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